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Médicaments : 10 milliards d’économies possibles

Alors que les Français sont largement sollicités pour combler les 5,9 milliards d'euros de déficit de l'assurance maladie, les laboratoires en profiteraient pour se "gaver". Cette observation pour le moins critique est tirée d'une étude présentée hier par trois observateurs du système de la santé, et dont Le Parisien/Aujourd'hui (page 8) se fait l'écho.

En intervenant sur les seuls médicaments, nous disent le professeur Philippe Even, président de l'Institut Necker, et le pharmacien Serge Rader, chargés de cette étude par la députée européenne (EELV) et membre de la commission santé et environnement du Parlement européen Michèle Rivasi, la branche maladie de la Sécurité sociale pourrait économiser au minimum 10 milliards d'euros en trois ans.

Mais pour cela, encore faut-il que les pouvoirs publics se décident à faire baisser les prix de ces produits, comme cela s'est fait chez certains de nos voisins, tels que l'Allemagne, le Royaume-Uni, l'Italie ou encore l'Espagne.

Il suffit de prendre l'exemple de l'Italie, plutôt "socio-économiquement proche de la France" et dont les réformes "ont permis de rétablir l'équilibre de son assurance maladie", pour se rendre compte de nos dysfonctionnements, observe ainsi Serge Rader. C'est d'ailleurs en comparant les tarifs de 60 médicaments dans ces deux pays que les auteurs de l'étude sont parvenus à estimer une économie potentielle de 10 milliards d'euros.

Si le fluidifiant sanguin Plavix® était vendu au tarif italien, soit deux fois moins cher, 58 millions d'euros d'économies seraient réalisés, rapporte le quotidien. L'économie serait de 62 millions d'euros pour le Lucentis® (dégénérescence maculaire), et de 45 millions d'euros pour le Truvada® (VIH).

Pour expliquer ce différentiel de prix, les auteurs de l'étude incriminent, entre autres, les laboratoires qui, par le biais des visiteurs médicaux, font pression sur les médecins pour qu'ils prescrivent des produits chers, au détriment de génériques par exemple.

Ils mettent en cause également le Comité économique des produits de santé (CEPS) qui est chargé de fixer le prix des médicaments. Jamais ce dernier ne lance d'appels d'offres comme cela se fait chez nos voisins, ni ne rend des comptes pour justifier ses choix. Pire, notent-ils, certains laboratoires comme Sanofi "font du chantage au chômage pour obtenir du CEPS les meilleurs prix, alors qu'ils continuent à délocaliser pour réduire leurs effectifs".

"Un recours trop faible aux génériques, une marge trop élevée pour les pharmaciens ainsi qu'un manque d'informations indépendantes transmises aux médecins" sont également responsables de ces dépenses, rapporte à son tour Le Figaro (page 20) qui mentionne cependant, sous le titre "Nouvelle polémique sur les médicaments", la réserve de certains observateurs au sujet de cette étude. Pour certains, en effet, comme l'économiste de la santé Claude Le Pen, l'argumentation est dans l'ensemble "assez contestable" du fait de calculs réalisés sur de périmètres différents.

Sans surprise, le syndicat français des fabricants de médicaments, le Leem, conteste les reproches qui lui sont indirectement faits et indique que "des économies de plus de 1 milliard d'euros ont été exigées depuis plusieurs années des laboratoires pharmaceutiques". La plupart des économistes de la santé estiment quant à eux que "le problème du coût de la santé en France, ce n'est plus le médicament, mais plutôt l'hôpital", conclut Le Figaro.

Bientôt des "class actions" appliquées à la santé
Près de 1.000 amendements sont examinés cette semaine à l'Assemblée nationale dans le cadre du projet de loi sur la consommation portée par le ministre délégué chargé de la Consommation, Benoît Hamon. Premier des articles étudiés, le principe de l'action de groupe ou "class action", permet à un groupe de particuliers de demander à un professionnel des réparations pour leurs préjudices.

Réclamé depuis une vingtaine d'années par les associations, ce dispositif rencontre un certain consensus politique, indiquent Les Echos (page 4). Cependant, deux domaines en sont "explicitement exclus" : l'environnement et la santé. Les choses devraient toutefois évoluer à compter de l'an prochain, si l'on en croit la ministre de la Santé, Marisol Touraine,

Invitée hier sur Canal+, elle a en effet annoncé qu'elle était "favorable à ce qu'on mette en place des actions de groupes, des ”class actions”, concernant la santé" et qu'elle présenterait "des mesures en ce sens au début de l'année 2014, dans le cadre de la loi spécifique à la santé". Il y aura néanmoins "des règles particulières", a-t-elle prévenu.

La réparation ne sera pas en effet "uniforme", puisque les dommages causés aux victimes dans le domaine de la santé peuvent être variables. En santé, de surcroît, "le lien de cause à effet est plus difficile à prouver", rapporte le quotidien économique qui cite en exemple le cas du Mediator®, où de nombreuses victimes se battent pour faire reconnaître le lien entre leur pathologie et le médicament, expertise médicale à l'appui. Dernière particularité des produits de santé, écrivent Les Echos, "ils peuvent causer des dommages sans que le produit soit défectueux".

Frédéric Lavignette