Médicament : une liste qui « risque de plonger les patients dans la confusion, voire l’angoisse »

Le ministère de la Santé a publié hier une liste de 77 médicaments placés sous surveillance, une volonté de transparence qui fait suite au scandale du Mediator®, indique Le Parisien/Aujourd'hui (page 12). Le quotidien publie la liste complète de ces produits et de leurs indications, ainsi que le motif de leur mise sous surveillance. Cette liste "risque de plonger les patients dans la confusion, voire l'angoisse, soulève Libération (page 22). D'autant plus qu'elle pointe du doigt des traitements très grand public, comme l'ensemble des vaccins contre la grippe et l'hépatite B."

La liste publiée hier "ne semble guère de nature à améliorer la lisibilité du système", renchérit La Tribune (page 11). Cette liste des 77 médicaments sous surveil­lance "doit être accompagnée d'un avertissement au lecteur si on veut qu'elle soit plus bénéfique que néfaste", a reconnu le directeur général de la Santé, Didier Houssin. "Cela ne doit en aucun cas conduire les patients à interrompre le traitement ou modifier la dose avant d'avoir pris conseil auprès de leur médecin", a insisté Fabienne Bartoli, adjointe au directeur général de l'Afssaps, citée dans Libération. Elle ajoute que c'est au médecin de déterminer au cas par cas si chaque médicament est adapté.

"C'est le bazar. J'ai l'impression qu'on se fout de nous", s'énerve Michel Chassang, président de la CSMF. "Qu'est-ce que les généralistes vont pouvoir raconter aux patients traités avec des médicaments qu'ils prescrivent très souvent ? Il aurait fallu nous donner la liste à l'avance", ajoute-t-il. "Le plus simple serait que l'Afssaps tranche en interdisant les médicaments vraiment dangereux. Mais cela prend du temps", estime Yann Philippin, auteur de l'article de Libération.

Autre réaction, celle du Leem (Les Entreprises du médicament). Le "lobby des labos pharmaceutiques" se dit "très préoccupé par la perte de confiance" des consommateurs. Il se déclare prêt à transposer en France le "Sunshine Act" américain, qui impose aux laboratoires la transparence sur leurs liens financiers avec les médecins, note La Tribune. Le Leem va aussi se doter d'un comité d'alerte, constitué de collaborateurs extérieurs, afin "d'améliorer son propre système de gouvernance". Par ailleurs, Le Figaro (page 10) révèle que la commission des médicaments belge avait refusé, dès 1977, la commercialisation du Mediator® en raison de l'insuffisance de données sur les effets à long terme du produit.

Pour Jean-Francis Pécresse, l'éditoria­liste des Echos (page 18), "le traitement du médicament, malade du Mediator®, commence bien". "Retirer du marché un médicament, parfois utile à défaut d'être efficace, est un acte lourd mais nécessaire", ajoute-t-il. "Une deuxième étape de santé publique serait, plus en aval du système, de repenser sérieusement le mode de fixation des prix, lequel tient trop compte de l’intérêt économique du fabricant, trop peu de l'intérêt médical du patient et de l'intérêt financier de la Sécurité sociale", souligne Jean-Francis Pécresse.

126 médicaments déremboursés
C'est une seconde liste de médicaments qui sont dans le collimateur du ministère de la Santé, mais pas pour les mêmes raisons, annoncent Les Echos (page 3). Ces 126 produits, dont le service médical rendu (SMR) a été jugé "insuffisant" par la Haute Autorité de santé (HAS), ne seront bientôt plus remboursés par la Sécurité sociale. Le ministre de la Santé l'avait annoncé le 15 janvier. Contrairement aux 77 médicaments mis "sous surveillance", ils ne sont pas soupçonnés d’être dangereux et resteront donc en vente, précise le quotidien économique. Les 126 produits correspondent à une trentaine de molécules différentes seulement, compte tenu de leur commercialisation sous différents noms, marques de génériques ou dosages. Depuis 2010, ils ne sont déjà plus remboursés qu’à hauteur de 15%, rappellent Les Echos. La liste complète de ces médicaments à SMR insuffisant, dans laquelle figure notamment le Tanakan® (troubles de la mémoire), est consultable sur le site : lesechos.fr/document
John Sutton