croix

Veuillez effectuer une recherche.

Veuillez effectuer une recherche.

Médicament : l’Etat doit reprendre toute sa place

L’affaire du Médiator® est un révélateur dramatique des failles de la chaîne du médicament. "Ce scandale, qui a fait beaucoup de victimes, fait apparaître de façon plus flagrante des problèmes déjà connus, comme l’absence de sélectivité des médicaments mis sur le marché et remboursés", analyse le président de la Mutualité Française, Etienne Caniard, dans un entretien publié dans Le Monde (page 11) daté du vendredi 11 mars. Cette affaire met aussi en exergue "le désengagement de l’Etat dans la politique du médicament".

A l’aune de cette expérience, il faut que l’Etat "réinvestisse ce champ et que les logiques industrielle et sanitaire soient séparées". Pour cela, il doit procéder à "un changement de pied complet" et ne pas se contenter de "demi-mesures qui ne seraient pas à la hauteur de l’enjeu, comme la publication des conflits d’intérêts".

Dans cet esprit, poursuit Etienne Caniard, « que l’Etat finance davantage le système est un préalable ». Mais il faut aller au-delà de la question financière : « Il est indispensable qu’il prenne en charge la formation continue des médecins » et que l’autorisation de mise sur le marché (AMM) soit « réévaluée systématiquement tous les 5 ans ».

L’Etat doit aussi financer les études post-autorisation de mise sur le marché. Celles-ci « sont payées par les laboratoires ». Un état de fait dont la conséquence est de « multiplier et banaliser les situations de conflits d’intérêts en faisant travailler de nombreux médecins pour les laboratoires ».

Pour assainir la chaîne du médicament, la Mutualité Française préconise une série de mesures (lire pages 1 à 4). Parmi elles, il faut que les nouveaux produits "fassent obligatoirement la preuve d’un progrès thérapeutique» par rapport à ceux qui existent déjà, avance son président. Il convient également d’apporter plus de "simplicité" et de "cohérence" dans le système de remboursement, alors même que "les pouvoirs publics ont rajouté de la complexité en instaurant en 2010 le nouveau taux de 15 % dans le seul intérêt de l’industrie française".

Il considère aussi qu’il faut s’opposer au projet de directive européenne qui autoriserait les laboratoires à faire de la pub auprès du grand public pour des médicaments prescrits.

Enfin, Etienne Caniard plaide pour que les prescriptions hors AMM soient réservées "aux cas très exceptionnels pour lesquels il n’existe pas d’alternative thérapeutique". Rappelons que dans 20 % des cas, le Mediator® était prescrit comme un coupe-faim dans le cadre de régime amaigrissant.

Moins de transparence sur les prothèses dentaire
Contre l’avis du gouvernement, les sénateurs ont refusé hier de supprimer l’obligation pour les médecins généralistes de déclarer leurs congés à l’avance, une des dispositions de la loi "Hôpital, patient, santé et territoires" (HPST). Aux yeux de certains parlementaires, indiquent Les Echos (page 3), la volonté de la majorité n’avait d’autre but que de "se mettre bien avec les médecins en vue des prochaines échéances électorales".

Pour autant, il ne faut pas croire que le Sénat ait une dent contre les professionnels de santé. Au cours de la même séance, rapporte Le Parisien/Aujourd’hui (pages 8 et 9), les parlementaires ont défait l’article 57 de la loi qui obligeait les dentistes à "indiquer sur leurs devis le prix auquel ils avaient acheté la prothèse" et son origine géographique.

Dès lors, pour les patients, "la perspective d’une baisse du prix s’éloigne", note le quotidien. Les 5 millions d’entre eux qui ont des revenus modestes et qui ne peuvent s’offrir une complémentaire santé, tableront donc sur les 75,25 euros de remboursement que l’assurance maladie leur versera pour une prothèse dentaire qui leur coûtera entre 400 et 1 000 euros, selon les départements.

Frédéric Lavignette