Mediator® : l’attitude des laboratoires Servier

Céférina Cordoba, une femme de 57 ans, victime du Mediator®, est "entre la vie et la mort", selon Libération (page 16), après avoir fait un arrêt cardiaque samedi, en sortant d'une expertise judiciaire menée par les avocats du laboratoire Servier. "Servier rend les gens fous", lance Irène Frachon, la pneumologue spécialiste du Mediator®, qui a suivi cette patiente au CHU de Brest. "Son dossier est limpide, mais pour retarder la procédure, Servier est capable d'affirmer que 2 + 2 ne font pas 4. Il multiplie pressions et contre-vérités, va jusqu'à exiger des pièces datées des années 1980 !", dénonce Irène Frachon, dans L'Humanité (page 11). Céférina Cordoba est l'une des 300 patientes à avoir porté plainte contre le fabricant du Mediator®. "Si Servier joue la carte de la dissuasion sur les cas les plus évidents, il y a de quoi s'inquiéter sur les violences qui guettent l'ensemble des plaignants", s'alarme la pneumologue.

"Ma conviction, c'est que dans cette affaire, on se trouve face à un laboratoire particulier. (...) D'ailleurs, en suspendant la participation de ce laboratoire à ses travaux, le Leem [entreprises du médicament, NDLR] l'a en quelque sorte acté", déclare Gérard Bapt, président de la mission d'information de l'Assemblée nationale sur le Mediator®, dans un long entretien au Quotidien du médecin de lundi (page 3). Précisons qu'il n'était pas interrogé sur le cas de Céférina Cordoba en particulier, mais sur l'attitude de Servier en général.

L'interview porte surtout sur les propositions du député socialiste pour réformer notre système de surveillance et d'alerte sanitaire. Il souhaite notamment accorder une place dans les grandes agences sanitaires aux représentants des patients, aux lanceurs d'alerte et aux parlementaires. "Il faudra essayer de mettre en place un système qui couvre les effets indésirables du médicament, les problèmes d'iatrogénie, la façon dont les prescriptions sont faites, la prise en compte des interactions médicamenteuses, la pharmacovigilance", suggère-t-il. "Peut-être pourrait-on demander à la presse médicale de réserver des espaces à des avis officiels de l'Afssaps ou de la HAS, ou d'organismes de formation médicale continue, pour intervenir dans ces domaines, dont je comprends qu'ils ne soient pas de prédilection pour les laboratoires pharmaceutiques !", ironise Gérard Bapt, dans Le Quotidien du médecin. "Mon intime conviction, c'est la carence effroyable de l'Afssaps, sa lourdeur, sa lenteur, son absence de réactivité, dénonce le président de la mission parlementaire sur le Mediator®. Je m'interroge aussi sur le fait que, alors que des Français étaient à la fois à l'Afssaps et à l'Agence européenne du médicament, il n'y ait pas eu de coordination."

Haro sur la franchise hospitalière
Le décret prévoyant la hausse du seuil d'application du ticket modérateur forfaitaire sur les actes lourds pratiqués en ville ou à l'hôpital est paru au Journal officiel du 23 février, comme l'avait signalé l'Afim. Cette participation forfaitaire de 18 euros s'applique désormais sur les actes d'un montant égal ou supérieur à 120 euros, contre 91 euros auparavant, indique Le Pari­sien/Aujourd'hui (page 10). "Cela correspond à une hausse de 32 %", dénonce Vincent Pérot, chargé du secteur de la santé à la CLCV, une association de défense des consommateurs. Les cinq millions de Français qui n'ont pas de mutuelle "risquent de retarder leurs soins", redoute-t-il. "Les assurances complémentaires et les mutuelles vont certainement répercuter cette hausse. Cela va générer de réelles difficultés. D'autant que nous constatons que les gens ont de plus en plus de mal à payer" leur complémentaire santé, ajoute le responsable de la CLCV.

Pour ne pas pénaliser davantage leurs adhérents, les mutuelles vont effectivement prendre en charge ce changement, "car il ne s'agit pas de dépenses inutiles mais d'actes importants pour les Français", a expliqué le président de la Mutualité Française ce matin sur RMC (7h30). "Cela représente pour elles une dépense supplémentaire d'environ 100 millions d'euros et donc une charge supplémentaire pour les ménages", poursuit Etienne Caniard. Cette nouvelle dépense, ainsi que les autres transferts de charges prévus dans le budget de la "Sécu", entraîneront "mécaniquement une hausse des cotisations de 7 à 8% en 2011".
Sabine Dreyfus et John Sutton