Mediator® : après l’ouverture de deux informations judiciaires contre X, l’enquête prendra du temps

Deux informations judiciaires contre X ont été ouvertes vendredi par le parquet de Paris dans l'affaire du Mediator®. Confiées l'une et l'autre à des juges d'instruction du pôle de santé publique du tribunal de grande instance (TGI) de la capitale, la première relève de la "tromperie aggravée", la seconde d'"homicides et blessures involontaires".

Avec l'information judiciaire pour "tromperie aggravée" et "ingérence et prise illégale d'intérêts", les magistrats examineront les responsabilités des laboratoires Servier dans la fabrication et la commercialisation du médicament, indique La Croix (page 6). Pour la seconde procédure – "blessures et homicides volontaires" – il conviendra de démontrer, pour chaque plaignant, le lien de causalité entre la pathologie développée et la prise du médicament. "Il s'agit d'une enquête lourde, dont les conclusions seront connues qu'après plusieurs années d'investigation", note le journal.

"Ce regroupement à Paris de l'enquête pénale devrait mettre fin à une certaine cacophonie judiciaire", remarque Le Figaro daté de samedi (page 9). Elle devrait également permettre une enquête plus poussée et offrir aux victimes qui le souhaitent la possibilité de se constituer partie civile durant le temps des investigations, observe La Croix.

Libération de samedi (page 14) s'inter­roge au contraire sur les intentions de cette démarche : "Le procureur de Paris a-t-il fait un cadeau à Servier ?" Le quotidien relève que la procédure pour "tromperie aggravée" et "prise illégale d'intérêt" risque de compromettre la procédure accélérée déjà ouverte pour le même motif à Nanterre, et qui devait déboucher sur un procès dès le 26 septembre.

De la sorte, note à son tour L'Humanité (page 9), "Servier pourrait gagner du temps puisque les chefs d'accusation sont les mêmes, le juge risque en effet de demander un regroupement des procédures". Selon François Honnorat, l'un des avocats des victimes, l'instruction pourrait durer au moins deux ans. Quant au procès, rap­porte Le Figaro, il n'aura pas lieu "avant trois ans dans l'hypothèse la plus courte".

D'ici là, certains patients devront continuer à vivre tant bien que mal avec leur pathologie, à l'image d'Annie Oger, l'une des victimes du Mediator® longuement interrogée par Le Parisien (page 12) Après avoir pris ce médicament pendant des années, cette femme de 62 ans a dû être transplantée des poumons et se trouve aujourd'hui handicapée à 80%.

"Ma vie s'est arrêtée à 50 ans, déclare-t-elle. Et, depuis, je suis en sursis." Elle a perdu son travail, ne peut plus s'éloigner d'un hôpital, a des problèmes cardiaques et vit sous antibiotiques en piqûres et sous cortisone. Le prix à payer quand on est "une survivante du Mediator®".

Le ministère au secours des pharmaciens
L'Inspection générale des affaires sociales (Igas) vient de se voir chargée par le gouvernement d'enquêter sur la situation économique des pharmacies d'officine, an­nonce La Tribune (page 6). En effet, poursuit Le Figaro (page 24), dans la lignée du projet envisagé par Roselyne Bachelot, le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, estime que les difficultés actuelles du secteur sont notables. Selon lui, elles sont liées à "un changement du contexte économique marqué par une plus grande maîtrise des dépenses remboursables des produits de santé".

C'est pour cela qu'il propose deux pistes afin de faire évoluer la rémunération des pharmaciens. La première consiste à remplacer la "marge dégressive lissée" appliquée sur les médicaments remboursables, qui représentent 80% de l'activité des officines. Ce système, note le quotidien, n'est "pas adapté à la baisse continue du prix des médicaments et du nombre de boîtes vendues".

Dans la lettre qu'il a adressée à l'Igas, indique Le Figaro, le ministre suggère une seconde piste qui vise à aider les pharmaciens à augmenter leurs marges grâce à des "missions de service public". Déjà inscrite dans la loi "Hôpital, patients, santé et territoires" (HPST) de 2009, cette disposition "prévoit de faire participer les pharmacies à la prévention, au dépistage et au suivi des maladies chroniques, et de les associer à l'hospitalisation à domicile". Une initiative qui devrait satisfaire l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine (USPO). Gilles Bonnefond, son président délégué, estime en effet que les pharmaciens "ont besoin de faire évoluer leur statut".
Frédéric Lavignette