Maternité Cochin-Port-Royal : enquêtes après la mort in utero d’un bébé

Hier, le parquet de Paris a ouvert une enquête après le décès in utero d’un bébé dans la nuit de jeudi à vendredi. A l’origine de ce drame : un manque de place à la maternité de Cochin-Port-Royal, pourtant la plus grande de la capitale.

Jeudi 31 janvier, rapporte Le Figaro (page 19), comme il en avait été convenu, la mère de l’enfant se présente dans cet établissement pour un accouchement programmé à 7 heures du matin. Or, faute de place disponible pour l’accueillir, elle est renvoyée chez elle.

Plus tard dans la journée, "parce qu’elle avait mal au côté gauche et que le bébé ne bougeait pas beaucoup", la mère est tout de même reçue par la maternité pour un monitoring de contrôle. Là encore, poursuit le quotidien, une sage-femme, visiblement débordée, renvoie la future mère chez elle, "sans étudier la possibilité de transférer la patiente vers une autre maternité parisienne". Dans la nuit, l’enfant ne bougeant plus du tout, la mère et son compagnon se rendent aux urgences, où le décès de l’enfant est constaté.

Depuis le dépôt de plainte contre X pour homicide involontaire par négligence effectué par le père du bébé, plusieurs enquêtes ont été lancées ou sont sur le point de l’être. La ministre de la Santé, Marisol Touraine, en a demandé une "exceptionnelle, à la fois administrative et médicale", indique Le Parisien/Aujourd’hui (page 6).

De son côté, l’AP-HP, dont dépend la maternité, a lancé sa propre enquête interne : elle vise à "déterminer si les équipes, très choquées par le décès du bébé, étaient passées à côté de quelque chose", explique la directrice de la communication du groupe dans Le Figaro. Pour le Pr Dominique Cabrol, chef du service obstétrique à Cochin-Port-Royal, la suractivité de l’établissement est principalement la cause du drame. Ce jour-là, en effet, il était "en saturation totale", et "on peut penser que si la jeune femme avait accouché comme prévu, le bébé serait vivant".

Ouverte depuis un an et accueillant plusieurs services d’autres hôpitaux, cette nouvelle maternité dotée de 130 lits a été conçue pour traiter les grossesses les plus à risque. A terme, l’objectif affiché de l’établissement est d’assurer 6 000 accouchements par an. Pour certains observateurs, cette ambition est peut-être la cause du problème.

Selon le délégué Usap-CGT de l’AP-HP, Olivier Cammas, le drame qui s’est produit dans cette "usine à bébés" est une "possible conséquence des plans de restructuration en cascade dans les hôpitaux parisiens", rapporte Le Parisien/Aujourd’hui. Sud-Santé, de son côté, déplore qu’avec la fermeture récente de plusieurs maternités, l’administration ignore la saturation des autres établissements.

Incertitude sur la PMA
La procréation médicalement assistée (PMA) vient-elle de connaître ses dernières heures ?, s’interroge Libération (pages 14 et 15). Ce week-end, en effet, après cinq jours de débats sur le projet de loi autorisant le mariage pour les couples homosexuels, des déclarations contradictoires du gouvernement sont venues semer le doute sur les intentions réelles de l’exécutif vis-à-vis de la PMA.

Afin d’apporter de la "clarté" à certaines questions de députés qui lui étaient posées dans l’hémicycle sur le sujet, la ministre de la Famille, Dominique Bertinotti, a expliqué hier matin que la PMA serait abordée dans le cadre de la loi sur la famille annoncée pour le 27 mars en Conseil des ministres et examinée au Parlement fin 2013.

Mais, de son côté, "en marge d’un déplacement à Phnom Penh (Cambodge), Jean-Marc Ayrault a plongé les députés de gauche dans l’embarras", en faisant savoir par son entourage que rien n’était garanti, explique Le Figaro (page 4). Selon le quotidien, le gouvernement souhaiterait plutôt attendre l’avis du Comité consultatif national d’éthique (CNE), lequel ne sera pas forcément rendu d’ici mars…

"Ce nouveau couac a jeté le désarroi parmi les ministres en charge du dossier", écrit Le Figaro. Certains députés, tel l’écologiste Sergio Coronado, redoutent pour leur part que le projet autorisant la PMA soit enterré, signale Libération. D’autres, dans l’opposition, y voient au contraire "un recul du gouvernement", à l’image d’Hervé Mariton, qui s’en réjouit : "Un recul du gouvernement, ça se prend et ça s’applaudit !", déclare le député (UMP) de la Drôme.

Frédéric Lavignette