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Marisol Touraine présente douze mesures contre les déserts médicaux

La ministre de la Santé, Marisol Touraine, a dévoilé hier à Scorbé-Claivaux, une petite commune de la Vienne, son plan de lutte contre les déserts médicaux. En douze mesures, il "reprend des thèmes consensuels, voire certaines idées avancées sur le Web par des étudiants et des jeunes médecins blogueurs", relève, un brin critique, Libération (page 16).

Les trois axes de ce plan s'intitulent : "Changer la formation et faciliter l'installation des jeunes médecins", "Transformer les conditions d'exercice des professionnels de santé" et, enfin, "Investir dans les territoires isolés", rapporte Le Parisien/Au­jourd'hui (page 6).

En matière de formation, l'une des mesures concerne les futurs praticiens, peu familiers avec l'expérience de terrain des soins de proximité. Pour y remédier, "100% des étudiants en médecine générale devront faire un stage dans un cabinet de médecine de ville", notent Les Echos (page 3). En théorie, indique la ministre, cette pratique est déjà obligatoire, mais dans les faits "ce n'est le cas que pour la moitié d'entre eux".

Un autre engagement de Marisol Touraine consiste à accorder "dans les cinq ans à venir", 1.500 bourses de "service public", complète La Croix (page 7). Cette initiative n'est pas nouvelle car le gouvernement reprend ici le "contrat d'engagement de service public" mis en place par la loi Bachelot en 2009, remarquent Les Echos. Il consiste à accorder une allocation mensuelle aux étudiants pendant leur cursus universitaire, et, en contrepartie, ceux-ci s'engagent à exercer dans une zone sous-médicalisée.

"Une fois formés, poursuit Libération, ces jeunes médecins se verront garantir leur installation, pour ceux qui le souhaitent." Pour cela, indique Le Figaro (page 24), un maillage de 200 praticiens territoriaux de médecine générale sera mis en place en 2013, avec la garantie d'un revenu net mensuel de 4 600 euros durant deux ans pour ceux qui s'installeront en zone isolée. A ce titre, un "référent installation" sera créé dans chaque agence régionale de santé (ARS).

Question revenus, une autre mesure prévoit "une rémunération forfaitaire pour favoriser le travail en équipe et la constitution de structures type maison de santé", poursuit Le Parisien/Aujourd'hui. Pour encourager l'activité de groupe, des chefs de cliniques viendront former des internes dans certaines de ces maisons, complète Libération. Dans le même sens, une autre disposition consiste à "favoriser les transferts de compétences entre professionnels pour certains actes". Par exemple du médecin vers l'infirmier ou de l'ophtalmologue vers l'orthoptiste, écrivent Les Echos.

Comme le relève la presse dans son ensemble, ce plan ne comprend aucune contrainte. Pour la ministre de la Santé, c'est tout simplement parce que "la contrainte pèserait uniquement sur les nouvelles générations et serait contournée puisque les jeunes médecins choisissent en majorité le salariat. Je souhaite donc privilégier l'incitation à l'installation, ce qui suppose de proposer aux jeunes médecins de nouvelles conditions d'exercice", indique Marisol Touraine dans un entretien au Monde (page 9).

Alors qu'elle estime avoir proposé "des mesures de gauche que la droite n'a pas faites", certains observateurs sont plus critiques, comme au Figaro où l'on parle de plan "low-cost". Pour l'éditorialiste Jean-Francis Pécresse des Echos (page 9), "la thérapie raisonnable mais sans envergure prescrite par la ministre de la Santé est vouée à la même inefficacité que les traitements administrés par ses prédécesseurs depuis quinze ans".

L'état épinglé sur le tabac
Hier, la Cour des comptes a rendu public un rapport d'évaluation des politiques de lutte contre le tabagisme. Sa conclusion est "très sévère" contre l'Etat, qui semble avoir "levé le pied" en la matière, "tandis que les aides publiques ont été mobilisées de façon trop importante pour le soutien des buralistes", indique Le Parisien/Aujourd'hui (page 8)

Pour appuyer son propos, le rapport relève notamment une remontée de la consommation de tabac depuis 2011, après un recul constaté dans le milieu des années 2000. Responsable de 73.000 morts par an, le tabac est apprécié de façon inquiétante par des personnes en situation précaire, des jeunes et des femmes.

"Les objectifs que s'était fixés la loi de 2004 (faire descendre à 32% le pourcentage de fumeurs au masculin et à 23% au féminin à l'horizon 2009) n'ont pas été atteints", explique Libération (page 16). En effet, 38% des hommes et 30% des femmes fument encore, soit un Français sur trois.

Si la pratique perdure, observe le rapport, c'est parce que les risques se sont banalisés. Selon la Cour des comptes, plusieurs explications peuvent être avancées. Il y aurait notamment un "manque d'ambition" pour lutter contre la dé­pen­dance au tabac dans le dernier plan cancer, note Le Figaro (page 16). "Depuis la loi Veil de 1976, constate le rapport, la lutte contre le tabagisme n'a plus jamais fait l'objet d'un plan de santé spécifique."

Les moyens engagés pour sensibiliser les Français à ces risques sont, par exemple, dix fois inférieurs à ceux consacrés aux dangers de la route. Et pour ce qui est du respect de l'interdiction de fumer dans les lieux publics ou de la vente des cigarettes aux mineurs, le suivi de la loi semble déficient aux yeux de la Cour des comptes.

Celle-ci préconise donc une augmentation "marquée" des prix du tabac, l'instauration d'un paquet neutre ou l'interdiction d'exposer les produits du tabac dans les lieux de vente. Elle suggère également, conclut Le Figaro, "la création d'un comité interministériel, comme pour la sécurité routière, afin de donner un véritable élan à cette politique".

Frédéric Lavignette