Maladies chroniques : la menace des perturbateurs endocriniens

Le Réseau environnement santé et la Mutualité Française ont organisé le 4 avril un colloque sur le thème "Environnement chimique, obésité et diabète : un constat pour une meilleure prévention". Objectif : poursuivre la sensibilisation du public sur le rôle des perturbateurs endocriniens dans la hausse des maladies chroniques.

Alors qu’une stratégie nationale perturbateurs endocriniens (SNPE) doit être présentée en Conseil des ministres en juin prochain, le Réseau environnement santé (RES) et la Mutualité Française ont organisé le 4 avril un colloque sur le thème "Environnement chimique, obésité et diabète : un constat pour une meilleure prévention".

Objectif : "Démontrer que la lutte contre les maladies métaboliques, comme le diabète, constitue aujourd’hui un enjeu majeur", a indiqué à cette occasion André Cicolella, président du RES. Cette journée, qui s’est tenue à l’Assemblée nationale (Paris), s’est inscrite dans la continuité d’une étude présentée par le RES en mars 2011 sur le lien entre environnement chimique, obésité et diabète, rappelle-t-on.

Une loi adoptée en décembre dernier interdit l’usage du bisphénol A dans les contenants alimentaires à partir de 2015 et dès cette année pour ceux destinés aux bébés. L’interdiction d’utiliser ce composant chimique avait été actée dès 2010 pour les biberons.

800 perturbateurs endocriniens

Pour André Cicolella, il importe de "continuer ce travail" de sensibilisation, en particulier pour obtenir une stratégie nationale perturbateurs endocriniens "exemplaire" et "ambitieuse". En effet, ce texte devra mettre en lumière le rôle des perturbateurs endocriniens dans l’épidémie des maladies chroniques de ces dernières années. " Elles explosent à travers le monde provoquant 35 millions de morts" et devraient "augmenter de 17% au cours de la prochaine décennie", détaille la Pre Claudine Junien, professeure de génétique de l’université Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines. "Les maladies chroniques, qui représentent 60% des décès, surviennent à 80% dans les pays à faibles ou moyens revenus."

A l’heure actuelle, "il existe environ 100.000 molécules de synthèse sur le marché. Entre 1.500 et 3.000 posent des problèmes de santé, dont 800 sont des perturbateurs endocriniens", explique le Dr Gilles Nalbone, directeur de recherche émérite à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).

Pour André Cicolella, il y a donc "urgence à agir", d’autant plus que ce n’est pas "la dose qui fait le poison" mais "la période d’exposition". Ainsi, l’être humain est plus vulnérable à certaines périodes de la vie : grossesse, allaitement, enfance… Autre facteur de risque : "L’effet cocktail de polluants dans notre corps, prévient Gilles Nalbone. On est incapable de prédire les effets de plusieurs perturbateurs endocriniens à faible dose."

Même en quantités infimes, les perturbateurs endocriniens peuvent entraîner un dysfonctionnement des glandes endocrines, responsables de la production d’hormones. "Ces molécules chimiques miment, comme une sorte de leurre, l’action des hormones et interfèrent dans celle-ci, que ce soit au niveau de leur synthèse, de leur élimination ou de leur transport dans le corps", poursuit-il.

Ces produits seraient "impliqués dans la forte progression de pathologies qui sont sous contrôle d’une régulation endocrinienne", ajoute le Dr Gilles Nalbone. C’est le cas, par exemple, des cancers hormono-dépendants, des maladies métaboliques, des dysfonctionnements thyroïdiens, des syndromes d’hypersensibilité chimique ou encore des troubles neurocomportementaux, du développement, de la reproduction ou du système immunitaire.

Nombreux organes touchés

De la même façon, de nombreux organes peuvent être touchés : le cerveau, le cœur, les organes reproducteurs… Même le tissu adipeux, qui stocke la masse grasse sous la peau, peut être atteint et entraîner une obésité au fil des ans. "Plus le tissu adipeux est altéré, plus le corps aura tendance à régler le poids à un niveau supérieur", commente le Pr Arnaud Basdevant, responsable du pôle Endocrinologie, diabétologie, nutrition, prévention à la Pitié-Salpétrière (Paris).

"Beaucoup de perturbateurs endocriniens ont été identifiés comme obésogènes", rapporte le Dr Rémy Slama, président du conseil scientifique du Programme national de recherche sur les perturbateurs endocriniens (PNRPE). Ce lien est prouvé pour les polluants dits persistants, c’est-à-dire qui peuvent perdurer dans un environnement durant des années, à l’instar des pesticides DDT ou DDE.

Par contre, pour les non persistants, comme les phtalates ou les bisphénol A, "il y a encore trop peu d’études pour conclure à un impact obésogène chez l’humain", nuance Rémy Slama. Mais cet effet est "plausible" du fait des résultats observés chez l’animal. Les participants appellent donc à la poursuite de l’effort de recherche à partir de cohortes de personnes sur lesquelles seraient réalisés plusieurs prélèvements. Il s’agit de quantifier l’exposition aux produits chimiques à différents instants. Ces nouveaux programmes de recherches prendront en compte le régime alimentaire des personnes, leur activité physique ainsi que les inégalités sociales.

C’est justement le refus des inégalités sociales de santé qui fonde en très grande partie l’engagement de la Mutualité Française aux côtés du RES depuis juin 2010. "Ces inégalités, qu’elles soient géographiques, socioculturelles ou économiques, constituent un cumul de risque se prolongeant par des inégalités d’exposition aux éléments pathogènes, regrette Etienne Caniard, président de la Mutualité Française. C’est particulièrement vrai pour les pathologies chroniques."

Paula Ferreira

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)