Maladies cardio-vasculaires : les femmes aussi sont concernées

Les femmes et leurs médecins ont tendance à sous-estimer les risques cardio-vasculaires. Deux raisons : les femmes se plaignent moins que les hommes et les signes avant-coureurs d’un infarctus, différents de chez les hommes, peuvent passer inaperçus.

"Les maladies coronaires des femmes sont sous-explorées, sous-diagnostiquées, sous-traitées." Ce constat est signé de la cardiologue Marie-Claude Morice, qui s’exprimait devant un public essentiellement féminin, lors d’une Rencontre santé organisée fin 2009 à la Maison de la Mutualité à Paris.

D’après une étude menée aux Etats-Unis, l’incidence des maladies coronaires est cinq à six fois plus élevée que celle du cancer du sein. "Les femmes sont persuadées qu’elles vont mourir de ce cancer. Elles meurent plus souvent de leur coronaires !", s’inquiète la chercheuse à l’institut cardio-vasculaire Paris-Sud à Massy (Essonne).

Les symptômes de la crise cardiaque peuvent passer inaperçus
Alors que la mortalité des hommes a beaucoup diminué, celle des femmes n’a pas décru. Plusieurs facteurs expliquent cet état de fait préjudiciable aux femmes. Tout d’abord, une différence entre les deux sexes est lourde de conséquence : les symptômes de la crise cardiaque peuvent passer inaperçus chez les femmes et en minorer l’alerte et la prise en charge.

L’angine de poitrine, ou "angor", se manifeste ainsi de manière atypique par des nausées, des difficultés à respirer, de la fatigue, des spasmes ou des troubles de la microcirculation qui surviennent discrètement, parfois au repos. Les hommes, eux, ressentent une douleur forte dans le dos, la poitrine ou la mâchoire.

Des médicaments différents
"Chez les femmes, la première manifestation est souvent l’infarctus lui-même, alors que chez les hommes, ce qui arrive le plus souvent, ce sont des menaces d’infarctus", poursuit la Dre Morice. La crise grave, voire fatale, survient en outre plus tard chez les femmes, après 62 ans, au lieu de 60 ans en moyenne chez les hommes.

Ces inégalités devant la maladie coronaire se trouvent renforcées par l’attitude des médecins, qui ont tendance à sous-estimer ce risque, en raison de la discrétion de ses manifestations. Ils prescrivent aux femmes moins de coronographies, d’angiographies ou de tests d’effort, moins de revascularisations après lésions ou de chirurgie cardiaque. Les patientes n’ont pas le même accès aux traitements antiplaquettaires, hypolypémiants ou béta-bloquants.

Chez la femme, l'aspirine prévient l'AVC
Leur présence dans les études cliniques et tests de nouveaux médicaments est faible depuis les années 1950-1960. Le scandale de la thalidomide a stoppé certaines évaluations, pour éviter de faire courir de risque aux fœtus.

Leur moindre place dans les protocoles de nouveaux traitements tient aussi au fait qu’ils n’ont pas sur elles les mêmes effets que sur les hommes. Ainsi l’aspirine prévient l’infarctus chez les hommes, mais pas les accidents vasculaires cérébraux (AVC). C’est l’inverse qui se produit chez les femmes : l‘aspirine ne prévient pas leurs infarctus, mais leurs AVC !

Attention au cumul des facteurs de risque
Résultat de cette minimisation des pathologies cardio-vasculaires chez les femmes : avant 50 ans, elles en meurent deux fois plus que les hommes. Si elles sont protégées, avant la ménopause, par des hormones cardioprotectrices, elles doivent cependant être vigilantes quand elles cumulent plusieurs facteurs de risque : tabac, hypertension, cholestérol, diabète, surcharge pondérale, antécédents familiaux…

"En leur absence, il n’y a pas de maladie coronaire qui ne frappe pas au hasard. Mais quand deux ou trois facteurs se conjuguent, il faut commencer une surveillance dès 40 ans, en insistant auprès de son médecin pour obtenir un test à l’effort", conseille la Dre Morice.

Pratiquer une activité physique
Après la ménopause, que l’on soit ou non à risque, il est recommandé de réaliser tous les deux ans un bilan de cholestérol et de diabète. Il est également conseillé de marcher régulièrement, monter les escaliers, faire de la gymnastique, pratiquer un sport d’endurance comme la course à pied ou le vélo.

"Les femmes s’occupent de leurs enfants, de leur compagnon, mais pas assez d’elles. Comme je le constate aux urgences, ce n’est jamais leur mari qui appelle le Samu quand la crise survient !" regrette la cardiologue. Pour elle, les femmes doivent prendre conscience qu’une crise cardiaque peut leur arriver !

Martine Doriac