Lunettes : le gouvernement favorable à la vente en ligne

Le groupe socialiste de l'Assemblée a déposé hier deux amendements au projet de loi sur la consommation, qui visent à libéraliser le marché de l'optique et à faciliter la vente des lunettes sur Internet, indique Les Echos (page 15). La veille, le ministre délégué à la Consommation, Benoît Hamon, avait fait sensation en affirmant que la vente sur Internet de produits d'optique rapporterait "un milliard d'euros de pouvoir d'achat" aux Français, "sans que cela ne coûte un euro au budget de l'Etat".

Le premier amendement, déposé par le rapporteur du projet de loi, Razzy Hammadi (PS), vise à casser le monopole des opticiens. "Jusqu'à présent, seul un opticien diplômé pouvait détenir un fonds de commerce d'optique", rappelle le quotidien économique. Si l'amendement était adopté lundi prochain, à la reprise de l'étude du texte, n'importe quel investisseur pourra s'installer à la seule condition qu'il salarie un opticien diplômé.

Le second amendement, déposé par le groupe socialiste à l'Assemblée, de­mande aux ophtalmologistes d'inscrire sur les ordonnances l'écart pupillaire du patient, en plus de ses corrections. "Cela permettrait de faire sauter l'un des principaux verrous à la vente de lunettes correctrices sur Internet", commente le quotidien économique.

Au ministère de la Consommation, on estime que ces deux mesures permettraient au e-commerce de prendre rapidement 10% du marché de l'optique. Le ministère mise ainsi sur des prix inférieurs de 30 à 40% à ceux des opticiens traditionnels. Soit, par exemple, 300 euros pour des verres progressifs contre 580 euros actuellement. "L'opticien ne mesure pas que l'écart pupillaire, s'insurge, dans Les Echos, la déléguée générale du Synope, le syndicat des opticiens. Il prend également des mesures de hauteur et plus généralement adapte parfaitement les montures, (…) à la morphologie du patient." Le Synope dé­nonce également le fait qu'aucune étude d'impact économique et sociale n'ait été effectuée.

Les pharmaciens davantage rémunérés au forfait
Le mode de rémunération des pharmaciens fait actuellement l'objet de négociations avec l'assurance maladie, indiquent Les Echos (page 5). L'objectif est de déconnecter leurs revenus du vo­lume et du prix des médicaments remboursables, lequel est en baisse ces dernières années. "Cette érosion est com­pensée par les remises accordées par les fabricants de médicaments génériques et par les primes versées par l'assurance maladie lorsque les objectifs de santé publique sont atteints", souligne le quotidien économique.

Pour compenser cette perte de revenus, la Cnam propose d'instaurer un "honoraire de dispensation". La part forfaitaire de la rémunération, qui s'élève actuellement à 53 centimes d'euros par boîte de médicaments, serait augmentée, explique le quotidien économique. Mais son augmentation va se traduire par une hausse des marges bénéficiaires sur les médicaments les moins chers, ceux que les complémentaires santé remboursent en partie. Le montant de la facture, soit une quarantaine de millions d'euros, se reportera donc sur les complémentaires. Pour protester contre ce "transfert de charges", l'Union nationale des organismes d'assurance maladie complémentaire (Unocam) a quitté la table des négociations.

Le mutualisme, avenir de l'économie ?
Dans une tribune publiée dans Les Echos (page 11), Olivier Pastré, professeur à l'université Paris VIII, plaide pour le modèle mutualiste à l'heure où "le modèle capitaliste n'a pas démontré son efficacité et son équité au cours des dernières années !". "Alors même que les errements de ce système se multiplient à nouveau (…), on peut se demander s'il ne serait pas temps d'imaginer de nouvelles manières d'entreprendre et de créer de la valeur", poursuit cet économiste. Pour Olivier Pastré, les quatre "fondements philosophiques" du mutualisme sont source d'un renouveau de l'économie. A savoir : la proximité avec l'adhérent, la solidarité, la "non-obsession du profit" et la démocratie.

Toutefois, fait-il valoir, "c'est peut-être sur le terrain de la communication et de la pédagogie que le système mutualiste a le plus de progrès à accomplir". Il y a le "savoir faire", mais le "faire savoir" est, dans un monde médiatisé, indispensable.

John Sutton et Jean-Michel Molins