Loi Fourcade : transparence très limitée sur les prothèses dentaires

Les députés ont adopté hier après-midi en première lecture la proposition de loi dite Fourcade, comprenant notamment des mesures visant à satisfaire les médecins, indiquent Les Echos (page 3). Ce texte, censé compléter la loi "Hôpital, patients, santé et territoires" de 2009, n'a été adopté que par les seules voix de la majorité (303 contre 196). Les élus de gauche se sont fortement opposés à la suppression du "ca­ractère coercitif" contre les médecins refusant d'exercer dans les "déserts mé­dicaux", ce qui pourrait laisser augurer d'un débat animé sur les enjeux sanitaires pendant la campagne de l'élection présidentielle.

Comme la loi Bachelot de 2009, la proposition de loi Fourcade couvre diverses questions de santé. Elle autorise notamment les mutuelles à mieux rembourser l'assuré lorsqu'il a recours à un médecin ou à un établissement membre d'un réseau de soins ou avec lequel les mutuelles ont conclu un contrat, indiquent Les Echos. Le gouvernement a aussi donné des gages aux médecins libéraux, qui protestent contre le coût de leur prime d'assurance couvrant leur responsabilité civile en cas d'accident médical.

L'un des articles les plus controversés de ce texte concerne les prothèses dentaires. Les dentistes devront indiquer le lieu de fabrication des couronnes, inlays et autres bridges. En revanche, ils ne seront toujours pas tenus de révéler le prix auquel ils ont acheté le dispositif auprès de leur prothésiste et donc leur marge sur le produit. La Confédération nationale des syndicats dentaires "se réjouit que l'Assemblée nationale ait suivi ses propositions". "Les dentistes ont bénéficié du soutien du ministre de la Santé, soucieux de ne pas stigmatiser la profession", soulignent Les Echos.

De leur côté, les associations de patients dénoncent une proposition de loi favorable "au lobby des dentistes". "Tout le monde est perdant. Le patient ne pourra pas faire jouer la concurrence et les dentistes pâtiront du climat de suspicion qui perdurera", estime Cédric Musso, de l'UFC-Que Choisir.

Médicaments : le Leem sort son sondage
A la lecture de La Tribune (pages 1 à 3), on se demanderait presque pourquoi les Français doutent des laboratoires pharmaceutiques et du système de pharmacovigilance. Cinq mois après l'éclatement du scandale du Mediator®, les labos s'inquiètent en effet de la crispation des autorités de santé à leur encontre, notamment en matière de remboursement de leurs médicaments, et ils le font savoir. "Tout a commencé en février, quand la Commission de la transparence a émis un grand nombre d'avis défavorables en une seule séance. La nouvelle s'est répandue comme une trainée de poudre par les industriels", révèle un connaisseur du secteur. Les autorités sanitaires auraient donc gagné en sévérité, expliquent les labos.

A une semaine des conclusions des Assises du médicament, l'industrie pharmaceutique veut croire que les Français lui font toujours confiance et s'appuie pour cela sur les résultats d'un sondage TNS-Sofres, confectionné à la demande du Leem. A la question très générale "Faites-vous confiance aux médicaments ?", sans aucune allusion au Mediator®, 82% des personnes interrogées ont répondu favorablement.

"Problème : ce nouveau sondage intervient moins de deux semaines après les résultats d'un précédent travail du même institut, effectué pour la Mutualité Française, à la conclusion opposée", souligne La Tribune (page 3). Il est vrai que les questions étaient différentes, mais cela ne suffit pas à expliquer un tel retournement… "L'opinion des Français sur le médicament est difficile à cerner", titre La Croix (page 6), non sans une certaine ironie. "Le 10 mai dernier, une vision un peu moins idyllique avait été donnée dans une autre sondage, (...) réalisé pour le compte de la Mutualité Française, rappelle Pierre Bienvault, journaliste du quotidien catholique. Dans cette enquête (...), plus de 3 Français sur 4 (77%) estimaient que le problème du Mediator® n'est pas un “cas exceptionnel“, mais correspond à une “défaillance globale du système“ qui met en doute la sécurité des traitements." La Croix ajoute que la Mutualité s'était appuyée sur cette enquête pour estimer que "l'inquiétude des Français envers la sécurité des médicaments, qui s'est accrue pendant l'affaire du Mediator®, est désormais profondément ancrée dans l'opinion".
John Sutton