Les nouveaux ministres au travail

Après une matinée rythmée par les passations de pouvoir dans les ministères, le premier gouvernement à parité hommes/femmes de la Ve République s’est réuni l’après-midi en Conseil des ministres. Les 17 hommes et 17 femmes formant le nouveau gouvernement ont tous signé une charte de déontologie, dans laquelle le non-cumul des mandats fait l’objet d’une interprétation stricte, englobant la fonction d’adjoint au maire, précisent Les Echos (page 2).

Marisol Touraine, la nouvelle ministre des Affaires sociales et de la Santé, a pris en charge ses attributions à l’occasion d’une double passation de pouvoirs. "Le moment n’est pas aux déclarations politiques sur le contenu des dossiers que je vais porter", a-t-elle déclaré. Elle a accepté sa nomination "avec beaucoup de fierté et de responsabilité face aux attentes fortes en matière de protection sociale", rapporte Le Parisien/ Aujourd’hui de jeudi (page 5).

Parmi les priorités de la nouvelle ministre figurent "le rétablissement du service public hospitalier", ainsi que la construction d’un service public de médecine de proximité, souligne Libération de jeudi (page 5). Pour "rendre hommage" à ceux qui "s’engagent au service des autres", Marisol Touraine a consacré sa première visite au centre hospitalier de Saint-Denis dans la soirée de jeudi.

Les Echos (page 6) notent qu’elle est une des rares "non-médecins" de l’Assemblée nationale à maîtriser le financement de la Sécurité sociale et le système de soins. "Elle en aura bien besoin pour s’attaquer à des chantiers délicats : déficits sociaux, dépassements d’honoraires, déserts médicaux", souligne le quotidien économique. Une autre urgence attend la nouvelle ministre : avant fin juin, elle devra publier le décret qui rétablira la possibilité d’un départ à 60 ans, pour les retraités qui ont commencé à travailler à 18 ans et ont cotisé 41 ans (Les Echos page 6).

Marisol Touraine sera entourée de trois ministres déléguées : Michèle Delaunay, chargée des personnes âgées et de la dépendance, Marie-Arlette Carlotti, chargée des personnes handicapées et Dominique Bertinotti, chargée de la famille, précise Le Monde (page 3), qui publie la liste complète du gouvernement.

Marie-Arlette Carlotti était conseillère générale du canton des Cinq-Avenues à Marseille depuis 1998, elle est également conseillère régionale depuis 2010.

Dominique Bertinotti a indiqué hier, au micro de France Info, qu’elle serait la ministre "des familles" dans leur diversité. "Familles classiques, familles recomposées, monoparentales, homoparentales", a-t-elle précisé, estimant que chaque type de famille devait avoir "les mêmes droits" et "le même regard de la société", rapporte La Croix (page 5).

A la surprise générale, - on l’attendait aux sports -, Benoît Hamon a été nommé ministre délégué chargé de l’économie sociale et solidaire (Le Monde, page 6). Tous les dirigeants de ce secteur souhaitaient la création d’un "vrai secrétariat d’Etat", comme de 2000 à 2002, rattaché à un grand ministère. Ils ont obtenu gain de cause. "C’est la marque d’une volonté politique", a déclaré Benoit Hamon, hier sur RTL.

"On ne crée pas de la richesse simplement à travers le modèle économique classique. (…) Avec près de deux millions d’emplois, c’est un secteur extrêmement important, que nous voulions développer", a-t-il ajouté. "Il faut avoir plusieurs modèles économiques pour répondre à la crise. On le voit notamment dans le cadre des plans sociaux où les salariés aspirent à reprendre leur entreprise. Ce sera un des premiers sujets sur la table du ministre que je suis…", a promis Benoît Hamon.

Pendant la campagne présidentielle, François Hollande a prix dix engagements pour l’économie sociale et solidaire (ESS), secteur comptant pour 10 % de l’emploi salarié. Les entrepreneurs sociaux "savent jeter des passerelles entre efficacité économique et mieux-disant social", avait affirmé à plusieurs reprises le candidat socialiste, conscient que ce secteur serait le premier recruteur des emplois aidés qu’il souhaitait relancer.

François Hollande a promis aux acteurs de l’ESS une loi de programmation leur fixant des objectifs "clairs", la réserve d’une partie des financements de la future banque publique d’investissement, des subventions pour les associations et une représentation des organisations patronales de l’ESS dans le dialogue social.

Les dangers des complémentaires low-cost
Alors que les complémentaires low-cost affirment offrir des garanties complètes et cohérentes avec le marché, la Mutualité Française s’inquiète de la multiplication de ces "prestations au rabais", souligne le site Internet du Nouvel Economiste (www.lenouveleconomiste.fr).

"Une mutuelle low-cost n’a aucun sens, déclare Jean-Martin Cohen Solal, directeur général de la Mutualité. Un contrat nettement moins cher couvre moins bien. Or, l’adhérent doit pouvoir accéder aux soins quelle que soit sa complémentaire." Les mutuelles de santé, en tant qu’organisations à but non lucratif, ne disposent pas de réserves importantes et la qualité des prestations dépend donc directement du montant des cotisations. "Quand les cotisations baissent, les prestations baissent aussi, tout simplement", résume Jean-Martin Cohen Solal, qui dénonce, dans Le Nouvel Economiste, des offres "poudre aux yeux », dangereuses pour les consommateurs.

La Mutualité reproche aux complémentaires low-cost un manque de transparence sur la réalité de leur offre, privilégiant la communication sur le prix, au détriment de la réalité des garanties du contrat.

Le vagabondage médical, le recours abusif aux urgences hospitalières et la versatilité des adhérents sont autant d’éléments dont l’impact sur le coût de la santé est de plus en plus marqué, constate Le Nouvel Economiste. Ainsi, le respect du parcours de soins est essentiel pour la régulation du système, tandis que l’hôpital doit "retrouver sa place", défend le directeur général de la FNMF.

"Beaucoup de malades vont directement à l’hôpital, parce qu’ils n’auront pas d’avance de frais à payer, observe Jean-Martin Cohen Solal. Cela coûte, en revanche, très cher à la collectivité. L’hôpital est plutôt destiné à prendre en charge les maladies graves, et la médecine de ville les maladies bénignes. Quand on entend que des patients s’y présentent pour une angine ou un renouvellement de pilule, c’est aberrant."

John Sutton