Les mutuelles représentent un « vrai modèle économique alternatif »

Qu’est-ce qui différencie les mutuelles des autres acteurs de la complémentaire santé ? La différence mutualiste est au cœur des journées de rentrée de la Mutualité Française, qui se tiennent à Biarritz les 22 et 23 septembre. Trois questions sur ce thème à Léopold Gilles, directeur du département évaluation des politiques sociales du Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Credoc).

Le Credoc a conduit une étude qualitative sur la différence mutualiste, dont les résultats ont été présentés lors des journées de rentrée de la Mutualité Française. Les Français connaissent-ils bien les spécificités des mutuelles ?
Léopold Gilles - Il y a une confusion généralisée entre les différentes familles de complémentaire santé, notamment chez les non adhérents à une mutuelle. Une enquête a montré qu’une personne sur quatre est indifférente au fait d’être couverte par une mutuelle ou une compagnie d’assurances. Cette méconnaissance est beaucoup moins marquée chez les personnes qui sont déjà adhérentes d’une mutuelle.

Justement, quelle image les adhérents ont-ils de leur mutuelle ?
Léopold Gilles - Les adhérents mutualistes sont sensibles aux valeurs de solidarité qui sont portées par leur mutuelle. Il existe également un sentiment de confiance, associé à la proximité de leur mutuelle. La relation qui lie un adhérent à son conseiller mutualiste peut s’apparenter à celle d’un patient avec son médecin : le conseiller mutualiste n’est pas rémunéré à la vente, il est là pour aider l’adhérent. La proximité géographique est également un vrai avantage. Le caractère non lucratif des mutuelles favorise également cette confiance, même si pour beaucoup d’adhérents la non lucrativité est un doux rêve auquel ils ne croient pas vraiment.

Dans ce cas, comment les mutuelles peuvent-elles mieux faire connaître leurs spécificités ?
Léopold Gilles – Pour nous, les mutuelles doivent continuer à faire de la pédagogie auprès de leurs adhérents et de la population. Elles gagneraient, par exemple, à mieux expliquer leur fonctionnement et les mécanismes de redistribution de leurs excédents. L’image des banques et des assurances s’est dégradée avec la crise économique. C’est une opportunité pour les mutuelles non lucratives, qui proposent un véritable modèle alternatif. Mais à condition, encore une fois, de bien expliquer ce modèle et de répondre à cette question posée par un adhérent lors de l’étude : "La non lucrativité, d’accord, mais qu’est-ce que ça me rapporte ?" Les valeurs ne doivent pas rester que des mots mais doivent se traduire en actions.
Autre piste : les personnes interrogées se sont montrées critiques vis-à-vis de la complexité des offres et des garanties des mutuelles. Elles aimeraient plus de clarté. La balle est maintenant dans le camp des mutuelles !

Propos recueillis par Philippe Rémond