Les convergences des systèmes de santé français et américain

Optimiser les dépenses de santé, organiser une véritable régulation et une organisation du système de soins, offrir une couverture santé universelle : ce sont les enjeux de la réforme de santé actuellement en débat aux Etats-Unis. Une situation qui présente des similitudes avec celle de la France, constate le président de la Mutualité Française, Jean-Pierre Davant, de retour d’une mission d’information Outre-atlantique.

Vous avez conduit entre le 9 et 12 novembre une mission d’information de la Mutualité Française aux Etats Unis. Au cours de ce déplacement, vous avez rencontré des membres du Congrès et de l’administration pour promouvoir le modèle mutualiste. Comment a-t-il été accueilli ?

Jean-Pierre Davant - Il a suscité un réel intérêt car l’une des propositions de la réforme du système de santé proposée par le président américain est de renforcer le secteur privé non lucratif, aux côtés des opérateurs privés. Parmi les pistes retenues figure la création de coopératives d’assurance santé, dont le principe est proche de celui d’une mutuelle. L’un des objectifs de Barack Obama est de s’attaquer à la sélection des risques et de permettre aux 20% de la population américaine qui n’est pas couverte, ni individuellement, ni par un contrat collectif, de bénéficier d’une couverture maladie. Voilà donc ce pays, symbole du libéralisme économique, qui se tourne vers le secteur non lucratif pour favoriser l’accès aux soins ! A l’heure où en France, le secteur lucratif investit de plus en plus le terrain de la santé, cette évolution américaine mérite réflexion. Non-lucrativité, solidarité : voici les valeurs de la modernité ! Ce sont celles, naturellement, des mutuelles sur lesquelles il est impératif de communiquer.

Ces coopératives seront-elles créées dans l’ensemble des Etats ?

Jean-Pierre Davant - La plupart de nos interlocuteurs américains nous ont indiqué que ces coopératives ne seront pas mises en place dans tous les Etats. Toutefois, il semble certain que ces structures sont appelées à connaître un réel essor tant les demandes de couverture sont fortes.

Vous avez également rencontré plusieurs acteurs de santé. Quels enseignements en tirez-vous ?

Jean-Pierre Davant - J’ai été frappé par la similitude des problèmes entre les Etats-Unis et la France. C’est, pour moi, un des principaux enseignements des réunions de travail que nous avons eues avec des membres du Centre de recherche du Sénat, et aussi avec les représentants de puissantes associations, comme celle des personnes diabétiques ou des retraités, et des centres de réflexion, comme la "Broking Institution". Nous avons également rencontré des assureurs. De chaque côté de l’Atlantique, nous sommes confrontés à des difficultés et à des enjeux identiques en matière de qualité des soins et d’efficience du système de santé.

Pouvez-vous nous donner des exemples concrets ?

Jean-Pierre Davant - Dans nos deux pays, les dépenses et les coûts de santé ont fortement augmenté. Une des explications de cette progression est certes l’accroissement des maladies chroniques. Mais ce n’est pas tout : l’exemple américain, mais il n’est pas le seul, montre que lorsque le système de santé est mal organisé et pas régulé, le coût des soins est très élevé. Je vous rappelle que les Etats-Unis consacrent 17% de leur PIB à la santé et la France 11%, ce qui les place respectivement aux première et deuxième positions des pays développés. Un montant considérable pour un résultat qui est loin d’être optimal ! Aux Etats-Unis, l’augmentation sensible du coût des soins est d’ailleurs de plus en plus difficilement supportable pour l’économie, en général, et pour les entreprises, en particulier, qui proposent une couverture santé à leurs salariés. Il est surprenant de constater qu’un pays aussi développé que les Etats-Unis n’a toujours pas mis en place de dossier médical personnel. En outre, l’évaluation des pratiques professionnelles est balbutiante, la prévention insuffisante, notamment en matière de lutte contre l’obésité, la politique du médicament est à revoir même s’ils sont plus engagés que nous dans le développement des génériques. Ce tableau est proche de celui de la France. Ce que veut faire Barack Obama, c’est organiser la chaîne des soins pour optimiser les dépenses de santé et améliorer la qualité. En ce sens, la volonté du président américain rejoint celle de la Mutualité Française. Force est également de constater que le président des Etats-Unis se heurte à de puissants lobbies, comme celui des assureurs, des médecins et des laboratoires pharmaceutiques.

Quelles suites comptez-vous donner à ce voyage d’étude ?

Jean-Pierre Davant - Les entretiens que nous avons eus avec nos différents interlocuteurs nous ont permis d’identifier des pistes de collaboration. Je pense, par exemple, à des études communes qui pourraient être menées sur des stratégies innovantes de prise en charge des malades chroniques ou sur de nouveaux systèmes de paiement des services médicaux. En raison de la proximité des situations, confronter nos expertises respectives ne pourra être qu’utile aux uns comme aux autres !

Propos recueillis par Jean-Michel Molins

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)