Le rapport du médiateur de la République met en lumière un réel malaise entre patients et médecins

Y aurait-il un malaise entre les patients et leurs médecins ? A en croire le rapport du médiateur de la République, la réponse ne fait aucun doute. Comme le montre la synthèse d'activité du pôle Santé et sécurité des soins mis en place il y a deux ans par le médiateur, les plaintes ne cessent d'augmenter. En 2010, rapporte Le Parisien/Aujourd'hui (page 11), ce pôle santé a reçu 13.700 requêtes, soit deux fois plus qu'en 2009, première année de sa mise en service.

Pour 20% de ces plaintes, il est question de maltraitance "au sens large du terme", indique La Croix (page 9). Toutes ne renvoient pas forcément à des violences physiques, mais parfois à "des paroles blessantes ou humiliantes". Comme celles-ci rapportées par le quotidien : "C'est l'histoire d'un adolescent de 14 ans hospitalisé pour une opération de l'appendicite. Lors de sa visite postopératoire, le chirurgien, sans raison apparente, le prend à partie avec une virulence extrême. ”Pourquoi je t'ai opéré ? De toute façon, tu es entouré de graisse et tu vas bientôt crever”".

La maltraitance n'est pas uniquement orientée dans le sens médecins-patients. En effet, 18% des requêtes adressées au pôle émanent des médecins. Selon le rapport, les professionnels sont de plus en plus confrontés à des violences physiques, particulièrement aux urgences. En général, observe Le Parisien/Aujourd'hui, le temps d'attente en est souvent le motif. Exemple : "dans un centre hospitalier francilien, un homme impatient a fini par lancer sur le personnel une imprimante saisie sur un bureau". Un médecin sur dix serait concerné par des actes de violence, poursuit le quotidien. Pour ces médecins en détresse souvent menacés de procès, une cellule spéciale de médiation a d'ailleurs été mise en place.

De nombreuses plaintes concernent également "des problèmes relatifs à l'hospitalisation et à la protection des personnes atteintes de troubles mentaux", ajoute La Croix. Dans ce cas, les professionnels de santé sont impliqués pour plusieurs motifs : déficit d'information sur l'état de santé et les droits des patients lors d'une hospitalisation sans consentement, écueils pour accéder au dossier médical, défaut d'attention portée à des plaintes somatiques...

Un phénomène nouveau apparaît dans ce rapport, remarque Le Parisien/Au­jourd'hui : "20% des requêtes dénoncent des violences contre les personnes âgées." Selon Alain-Michel Cerreti, conseiller santé du médiateur, "on a eu des cas de personnes attachées sur leur chaise pendant deux à trois heures. Officiellement bien sûr, on nous dit que c'est pour leur protection, ou par manque de personnel"...
Frédéric Lavignette