Le lundi noir de la finance

La crise financière mondiale entraînée par la faillite de la banque d’affaires américaine Lehman Brothers figure en "une" de la plupart des quotidiens nationaux. En raison d’un mouvement de grève de la distribution, seules les versions électroniques des journaux sont disponibles. "Wall street : le choc", titrent lesechos.fr. Pour ce quotidien qui consacre pas moins de huit pages à cet événement, "le 15 septembre restera une journée noire dans l’histoire de la finance américaine". De son côté, latribune.fr met en exergue une citation d’Alan Greenspan, ancien président de la Réserve fédérale américaine (Fed) : "Je n’ai jamais rien vu de pareil."

lefigaro.fr annonce une "mobilisation des banques mondiales pour éviter un tsunami financier". Pour libération.fr, "la faillite spectaculaire de la banque américaine Lehman Brothers fait craindre aux économistes un effet de contagion qui menacerait le système financier mondial". "Le système financier américain s’efforce d’éviter un cataclysme", titre Le Monde. La bourse de New-York, qui donne le ton à la planète, a perdu sur la séance plus de 500 points, soit la plus forte baisse depuis les attentats du 11 septembre 2001.

De leur côté, la Banque centrale européenne (BCE) et la Banque d’Angleterre sont intervenues en fin de matinée pour calmer les marchés en injectant des liquidités (lesechos.fr). Pour leur part, les banques françaises relativisent leur exposition à la chute de Lehman Brothers, expliquent lesechos.fr. Mais la Bourse ne les a pas entendus, leurs cours ont dégringolé hier. Le CAC 40 a chuté de 3,78%, sa quatrième plus forte baisse de l’année, après avoir taquiné un moment les – 5%. Partout les valeurs bancaires et financières ont été les premières touchées.

La banque américaine Lehman Brothers s’est placée hier sous la protection de la loi sur les faillites, faute d’avoir trouvé un repreneur et en raison du refus de la Fed d’intervenir. La Réserve fédérale américaine s’est montrée inflexible, souligne Le Monde (page 13). "Ce changement d’attitude ne s’explique pas seulement par la volonté des pouvoirs publics américains de faire un exemple et de punir les spéculateurs", explique Le Monde. Mais surtout, la Fed "ne pouvait pas continuer à voler au secours de tous les établissements financiers en difficultés du pays sans risquer d’entamer sa propre crédibilité (...)". "Plus personne ne sait combien de temps encore, la tempête des subprimes va continuer à ravager le système bancaire mondial", conclut Le Monde.

Soigner la souffrance des salariés
Le regard mêle inquiétude et détermination. Ce regard, c’est celui de Marie Pezé dont Le Monde consacre un portrait (page 16). Psychanalyste, Marie Pezé a ouvert en 1997 au centre d’accueil et de soins hospitaliers de Nanterre une consultation "Souffrance et travail" où "elle écoute les victimes de l’horreur économique et les aide à se remettre debout". De ces entretiens, elle a tiré un livre "terrible" intitulé Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés. Il a inspiré un documentaire, sorti en salle en 2006. Au fil des pages, Marie Pezé décrit une "orgie de violence sociale", dont elle-même ne sortira pas indemne après s’être engouffrée "dans le trou noir de la décompensation". Elle reçoit près de 900 personnes par an : des salariés cassés par des conditions de travail dégradées ou par des chefs obsessionnels. Marie Pezé a ouvert une voie puisqu’il existe aujourd’hui en France une vingtaine de consultations du même type. "Je lui dois la vie", témoigne même l’une de ses patientes.

John Sutton et Jean-Michel Molins