Le gouvernement s’attaque à la pauvreté

A l'issue de la Conférence de lutte contre l'exclusion qui s'est tenue ces deux derniers jours à Paris, le Premier ministre a présenté hier les grandes lignes de son plan quinquennal contre ce fléau. Pour tenter de réduire le taux de pauvreté qui affecte 14% de la population (soit 8,6 millions de personnes vivant avec moins de 964 euros par mois en 2010), Jean-Marc Ayrault a annoncé "le renforcement de plusieurs dispositifs d'aide aux plus démunis sans dévoiler précisément comment ils seront mis en oeuvre", indique Le Figaro (pages 22 et 23). Pour un coût global de 2 milliards d'euros d'ici à 2017, les revenus des personnes les plus pauvres seront notamment améliorés, au même titre que leur accès aux soins et à l'hébergement.

Le RSA va ainsi être augmenté de 10% sur cinq ans, ce qui concerne près de 1,2 million de personnes en France métropolitaine, rapporte Libération (pages 2 à 4). La première revalorisation du RSA "socle" (ex-RMI) interviendra en septembre prochain et, en quatre ans, son niveau sera porté à un peu plus de 520 euros par mois pour une personne seule, contre 475 euros actuellement. Pour ce qui est du RSA "activité", c'est-à-dire le complément de revenus pour les travailleurs pauvres, "il sera réformé l'an prochain en même temps que la prime pour l'emploi", écrivent Les Echos (page 4).

Concernant l'accès aux soins, le nombre de bénéficiaires de la CMU-C sera augmenté de 500.000, puisque le plafond de ressources pour bénéficier de cette couverture sera relevé de 7%, croit savoir le quotidien. "Les associations de lutte contre l'exclusion, réunies dans le collectif Alerte, ont globalement salué la méthode, mais dénoncé des insuffisances", relève Le Parisien/Aujourd'hui (page 4). Selon elles, en effet, la hausse de la CMU-C et celle du RSA "n'atteignent pas les niveaux escomptés", même "si un mouvement est enclenché".

Le gouvernement prévoit également de revaloriser deux prestations familiales pour un montant qui reste encore à définir. Cette hausse concerne le taux d'augmentation de l'allocation de soutien familial pour les parents isolés et le complément familial pour les foyers de trois enfants.

En matière d'hébergement, "50 millions seront débloqués pour créer 4.000 places pour les sans-abri et 4.000 autres pour les demandeurs d'asile", ajoute Le Monde (page 10). Et "50 millions supplémentaires serviront à financer différentes mesures destinées à la prévention des exclusions ou à la création de logements adaptés".

Enfin, un contrat d'insertion destiné à 100.000 jeunes non qualifiés sera créé à la rentrée 2013. Ce dispositif permettra un accompagnement, des propositions de formation et d'emploi, tout en garantissant au jeune, en période d'inactivité, un niveau de ressources équivalent au RSA socle.

Nouvelle charge contre Servier
Jacques Servier a été mis en examen pour "homicides et blessures involontaires". Cette décision de justice intervient suite aux expertises judiciaires des victimes du Mediator®, indique Libération (page 17). "Le chef d'homicide involontaire concerne le cas de deux victimes", précise Le Figaro (page 14). Cependant, une quarantaine de cas sont visés pour le même motif, "par manquement déli­béré", dont quatorze ont entraîné une incapacité totale de travail supérieure à trois mois.

Cette décision, explique au Pari­sien/Aujourd'hui (page 8), la pneumologue Irène Frachon, démontre que "des personnes ont succombé à un poison" et que la mort de certaines victimes est liée à l'exposition au Mediator®. Par conséquent, ajoute celle qui a révélé l'affaire, "nous sommes bien face à des actes délictueux".

Déjà mis en examen pour "tromperie et escroquerie", le président fondateur du groupe Servier a été placé sous contrôle judiciaire et une caution de 75.000 eu­ros lui a été réclamée par les juges d'instruction. Pour son avocat, Hervé Témime, "cette mise en examen marque un tournant important, car les juges ont écarté toute idée de dissimulation de données par Servier vis-à-vis des autorités sanitaires".

En effet, les juges ont retenu la dissimulation des propriétés anorexigènes du médicament seulement vis-à-vis des médecins et des patients, tout comme la parenté du produit avec la norfenfluramine et ses effets indésirables.

Frédéric Lavignette