Le fléau du stress au travail

Le ministre du Travail veut lancer "une grande enquête" afin d’identifier "les secteurs et les branches où le stress est supérieur à la moyenne", indique La Tribune (page 27). "Dans les branches où ces indicateurs feront ressortir un taux élevé de stress, on rendra obligatoire l’ouverture de négociations sur la prévention", affirme Xavier Bertrand cité dans Les Echos (page 2). Cette décision fait suite à la remise d’un rapport sur le stress au travail, réalisé par deux experts : Philippe Nasse, statisticien, et Patrick Légeron, psychiatre.

"Coïncidence macabre", souligne Le Parisien/Aujourd’hui (page 9), cette annonce est faite au lendemain de la découverte d’un quatrième cas de suicide au Technocentre de Renault à Guyancourt (Yvelines). Depuis plusieurs années la liste des suicides au travail ne cesse de s’allonger dans des entreprises aussi diverses que PSA, EDF, Areva, IBM, ou plus récemment La Poste et les banques HSBC ou BNP-Paribas. Face à ce fléau, le ministre du Travail a annoncé qu’une "veille épidémiologique" serait confiée en 2009 à l’Institut national de veille sanitaire (InVS), en liaison avec la médecine du travail, les comités d’hygiène sécurité et conditions de travail (CHSCT). Objectif : recenser et analyser les suicides en milieu professionnel, soulignent Les Echos. Selon le Bureau international du travail (BIT), "le stress au travail a un coût social et humain, mais aussi économique. Il est évalué à 3 à 4% du PIB des pays industrialisés", a souligné Xavier Bertrand, cité dans Le Figaro-économie (page 19).

Pour les auteurs du rapport (le texte intégral est disponible sur www.lesechos.fr/ documents), la mise en place d’un "indicateur global" des risques psychosociaux est un préalable à toute recherche des causes du stress et des actions à mener dans les entreprises. Les deux experts proposent également de lancer des expériences pilotes dans la Fonction publique, de mener une campagne d’information et de créer un portail Internet pour aider les employeurs et les salariés à développer des actions de prévention du stress, résume La Tribune.

Deux visions s’opposent face au stress : l’une collective défendue par les syndicats et certains médecins du travail, qui met en cause l’organisation du travail dans le mal être des salariés, et l’autre plus individuelle, qui a les faveurs des employeurs, prônant une thérapie psychologique. "Mais n’est-ce pas traiter l’effet sans traiter les causes ?", interroge l’écrivain Gérard Mordillat, dans Libération (page 4). "A force d’introduire la compétition dans les organisations, c’est le règne du chacun pour soi. Le collectif n’existe plus", déplore la Dre Dorothée Ramaut, médecin du travail, dans Le Nouvel Observateur (page 17). Dans le même hebdomadaire (page 20), Philippe Askenazy, chercheur au CNRS, constate qu’"aux Etats-Unis, comme en Grande-Bretagne, on s’est emparé du sujet beaucoup plus tôt", mais qu’en France, "les chefs d’entreprise n’ont pas appris le social". Pour être complet sur le sujet, Libération et Le Parisien/Aujourd’hui recommandent le documentaire de Paul Moreira intitulé Travailler à en mourir, diffusé ce soir sur France 2 à 23h10.

Nouveau débat sur le droit de mourir
"Je n’en peux tout simplement plus, ma situation se dégrade de jour en jour, la souffrance est atroce. Je me sens littéralement mangée par la douleur", explique Chantal Sébire dans une émouvante confession au Monde (page 13). Cette femme de 52 ans est atteinte d’une esthesioneuroblastome, une tumeur évolutive des sinus et de la cavité nasale, maladie incurable qui la défigure. "Ce que je revendique, c’est que le patient, qui est comme moi en situation d’incurabilité et est encore conscient, puisse décider de sa mort, en accord avec son médecin traitant et après décision d’un comité médical", ajoute-t-elle. Chantal Sébire a déposé une requête devant le tribunal de grande instance de Dijon, parce qu’elle souhaite que la justice "autorise un médecin à lui donner des médicaments qui lui permettront de partir dans la dignité", explique son avocat, Me Gilles Antonowicz, dans Le Parisien/Aujourd’hui (page 2). Chantal Sébire appuie sa requête sur le fait que l’euthanasie a été légalisée en Belgique, aux Pays-Bas et au Luxembourg.

John Sutton