Le défi des maladies chroniques

Définitivement adopté hier par l'Assemblée nationale, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2010 doit connaître aujourd'hui au Sénat le même destin. Avec un déficit prévisible de 30,5 milliards d'euros pour le régime général, le gouvernement a élaboré une série de mesures qui mettent "petit à petit la pression sur l'assurance maladie", analysent Les Echos (page 3). A ce titre, le ministre du Budget escompte bien ramener le rythme d'évolution des dépenses remboursées sous la barre des 3%. Un programme bien ambitieux, surtout lorsque l'on sait qu'elles n'ont cessé de progresser depuis 1999, connaissant un pic en 2002 avec + 7,1%.

De leur côté, indiquent Les Echos (page 27), les Français ont bien compris que résorber le déficit de l'assurance maladie sera une chose ardue. Comme l'indique le baromètre réalisé par l'institut de sondage CSA pour le cabinet Jalma, 65% d'entre eux considèrent que la croissance ne permettra pas d'y parvenir, "tant l'augmentation des dépenses est structurelle". Pour 62% des Français, la mauvaise organisation du système de soins est la principale responsable de la situation actuelle, "plutôt qu'un manque de moyens financiers".

Les Français ont également compris que leur participation sera de plus en plus sollicitée, puisque 58% d'entre eux se sont "résignés à de nouveaux désengagements de la Sécurité sociale". Comme l'a rapporté hier le journal de 13 heures sur France 2, se soigner devient de plus en plus cher pour les ménages. Entre 2001 et 2009, les dépenses de santé à la charge des assurés sociaux ont en effet augmenté de 40 à 50%, ce qui représente en moyenne 5,4% de leur revenu disponible.

En cause, l'addition de mesures d'économie telles que le forfait de 1 euro par consultation médicale, les dépassements d'honoraires, les franchises sur les médicaments, les transports sanitaires et les actes chirurgicaux. Interrogé par France 2 sur le coût d'une mutuelle, le directeur général de la Mutualité Française explique que les cotisations "augmentent de 4 à 5% par an parce que les mutuelles doivent faire face à de nouvelles dépenses de santé".

Invité de "La question du jour" sur BFM TV, Jean-Martin Cohen Solal a rappelé que ce sont toujours les Français qui paient les dépenses de santé, que ce soit à travers leurs cotisations sociales, leurs cotisations mutualistes ou les sommes restant directement à leur charge. Dès lors, c'est bien le système de santé, tel qu'il est organisé depuis cinquante ans, qu'il faut réformer.

Le directeur général de la FNMF a mis l'accent sur le poids des maladies chroniques dans la croissance des dépenses de santé : hypertension artérielle, diabète, surpoids... "Notre système de santé n'est pas adapté à la prise en charge de ces maladies chroniques. Le paiement à l'acte des médecins, par exemple, ne favorise pas un suivi organisé autour du patient", a-t-il insisté. C'est le vrai défi que doit relever notre système de solidarité...

Les pharmaciens revendiquent de nouvelles missions
Plusieurs organisations de pharmaciens remettent aujourd'hui à la ministre de la Santé le rapport d'un groupe de travail sur leur rôle "dans le parcours de soins". Comme l'indique Le Figaro (page 22), ces "nouvelles missions dévolues à la profession" sont inscrites dans la loi "Hôpital, patients, santé, territoire" (HPST), pour "faire sortir [le pharmacien] de son rôle traditionnel de vendeur de médicaments".

Ces propositions méritent un examen attentif. Exemple : le rapport préconise que les complémentaires remboursent les médicaments à prescription facultative, au prétexte que cette mesure permettra de faire des économies sur les consultations médicales.

Une autre proposition suggère de confier au pharmacien des responsabilités nouvelles dans le suivi des maladies chroniques. Ainsi, il pourrait assurer un suivi entre deux consultations dans la prise en charge du diabète ou l'aide au sevrage tabagique. Naturellement, ces nouvelles charges s'accompagneraient de nouvelles rémunérations : pour ces "conseils" ou "actes pharmaceutiques", le rapport propose le versement d'honoraires "par l'assurance maladie et/ou les complémentaires", fait observer Olivier Auguste dans Le Figaro.
Frédéric Lavignette