La rigueur sans le dire

"Le gouvernement gèle les dépenses de l’Etat pour trois ans", annonce la "une" du Figaro, qui prévoit "un budget de rigueur sans précédent". " Déficit public : la France donne à son tour des gages de rigueur", soulignent Les Echos, tandis que Libération ironise sur "Le régime rigueur", annoncé hier par le Premier ministre en pleine tempête financière qui frappe la Grèce et menace le Portugal et l’Espagne.

Dépenses publiques – notamment sociales – gelées pour les trois ans à venir, rabotage des niches fiscales, baisse du train de vie de l’Etat : le gouvernement a décidé de serrer la vis pour réduire le déficit. Les dépenses de l’Etat vont être gelées en valeur (hors charge d’intérêt de la dette et hors dépenses de pension), alors qu’elles l’étaient jusqu’à présent en volume, a annoncé François Fillon, à l’issue d’un séminaire gouvernemental sur le budget triennal (2011-2013), indique Le Figaro-économie (page 21). Le PS a aussitôt dénoncé "un plan de rigueur sans précédent", qui tombe comme "un coup de bambou sur les Français", rapportent Les Echos (page 3). "Ce n’est pas un plan de rigueur, mais une politique responsable dans une situation difficile", a rétorqué la ministre de l’Economie sur Canal +.

L’objectif est de se mettre en conformité avec les exigences européennes et garantir son crédit sur les marchés financiers et vis-à-vis des agences de notations tant redoutées. Pour ce faire, le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite va être prolongé pendant trois ans, et les dépenses de fonctionnement de l’Etat seront amputées de 10% en trois ans (moins 5% dès 2011), précisent Les Echos. Les dépenses d’intervention – qui désignent notamment aides à l’emploi (contrats aidés…) et aides sociales (allocations logement et adulte handicapé…) seront remises à plat. Autres sources d’économies, les niches fiscales pourraient être soit plafonnées, soit rabotées, expliquent Les Echos. Quelle que soit la solution adoptée, le Premier ministre veut récupérer 5 milliards d’euros sur ces niches au cours des deux prochaines années.

Luc Chatel, porte-parole du gouvernement, a annoncé que "tous les Français sont concernés" par la lutte contre le déficit, mais il a promis qu’il n’y aurait pas d’augmentation "massive" des impôts, conformément à l’engagement de Nicolas Sarkozy, souligne Le Figaro-économie.

Vos éditorialistes sont très inspirés par un plan de rigueur qui ne veut pas dire son nom. "La rigueur enfin !", se réjouit Gaëtan de Capèle dans Le Figaro (page 17). Pour lui, "il s’agit plus simplement et sans drame de remettre de l’ordre dans les comptes de la maison France, tant que des marges de manœuvre existent". Paul Quinio, l’éditorialiste de Libération (page 2) est plus sceptique et pense que "le pari de l’austérité de François Fillon est à double tranchant" : "à vouloir prévenir le pire", le Premier ministre "prend le risque d’alerter les marchés".

La menace des inégalités sociales de santé
"Les inégalités sociales de mortalité sont plus importantes en France que dans d’autres pays d’Europe, particulièrement pour les hommes", écrit Pierre Bienvault dans La Croix (page 5). C’est l’une des conclusions les plus inquiétantes du rapport du Haut Conseil de la santé publique (HCSP) consacré au bilan de la loi de santé publique d’août 2004. "A terme, estiment les auteurs du rapport, ces inégalités sociales de santé pourraient constituer un véritable enjeu de cohésion sociale." Ainsi, l’espérance de vie d’un ouvrier est, en moyenne, inférieure de 7 années à celle d’un cadre supérieur. En outre, certaines études montrent qu’un ouvrier "n’atteindra pas l’âge de la retraite sans une ou plusieurs incapacités (difficulté à marcher, mal de dos…) pouvant gêner sa vie quotidienne", précise le rapport.

Présenté hier, ce document pointe également certains échecs en matière de santé publique. C’est le cas de la lutte contre l’alcool. Après avoir diminué de façon régulière avant 2004, la consommation annuelle moyenne d’alcool s’est stabilisée entre 2005 et 2007. Si les usages à risques concernent plus particulièrement les jeunes et les hommes, les agriculteurs et les ouvriers non qualifiés "sont les plus exposés aux risques d’alcoolisation excessive chronique".

John Sutton