La dépendance tributaire du calendrier électoral

Roselyne Bachelot, la ministre des Solidarités et de la Cohésion sociale, n'a pas exclu hier qu'une partie des mesures sur la prise en charge de la dépendance soit prise après l'élection présidentielle de 2012, souligne Le Parisien/Au­jourd'hui (page 8).

Le président de la République s'était pourtant engagé le 16 novembre à prendre des décisions d'ici à l'été 2011 pour une mise en œuvre dans le PLFSS 2012, rappellent Les Echos (page 2).

"Des premières mesures seront discutées pour adoption au Parlement à l'automne 2011", a toutefois confirmé la ministre sur France Inter. Elle va inviter avant Noël 2010, "les partis politiques et les syndicats à exprimer leurs positions sur la perte d'autonomie et la dépendance". Parmi les questions importantes, il s'agit de déterminer si le financement de la dépendance doit se faire par l'assurance privée ou s'il doit rester du domaine de la solidarité par l'intermé­diaire de la Sécurité sociale. "Nous ne préemptons pas ce débat", a assuré Roselyne Bachelot.

A ce sujet, Le Monde, dans son supplément Argent (page 5), publie un sondage en partenariat avec France Info et l'Organisme commun des institutions de rente et de prévoyance (Ocirp). Plus de 45 % des Français s'y déclarent opposés à la souscription d'une assurance obligatoire à partir de 50 ans pour financer la dépendance, contre un tiers d'opinions favorables. Mais, près de la moitié des personnes interrogées déclarent envisager la souscription d'une assurance individuelle en complément de la solidarité nationale. A noter que Le Monde publie, dans un supplément de communication, une interview de Patrick Brothier, président de l'UNPMF-Mutex, "cinquième opérateur français de l'assurance dépendance", fort de vingt ans d'expérience dans ce domaine.

Déremboursements : "une politique à la petite semaine"
Le gouvernement prépare un décret qui diminuerait le taux de remboursement des médicaments à vignette bleue (à SMR modéré) de 35 à 30%, voire 25%. Consultée hier, la commission réglementation de la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam) a voté contre ce projet de décret, indiquent Les Echos (page 6). "L'assurance maladie dénonce une approche visant à générer des économies à court terme en augmentant le reste à charge des patients (...) et en transférant la charge de financement sur les organismes de protection complémentaire", rapporte L'Humanité (page 7).
Dans un entretien mis en ligne sur le site Internet lepoint.fr, Jean-Pierre Davant estime que "la baisse du remboursement des médicaments à vignette bleue est une très mauvaise idée". "Nous sommes dans la politique du fait accompli", dénonce-t-il dans le quotidien régional Sud-Ouest, ajoutant qu'il regrette que les décisions de déremboursement, qui se multiplient, se fassent "sans concertation".

"Réduire de 10% leur remboursement, ce n'est pas rien, que la différence soit à payer par les patients ou par leur mu­tuelle. (...) C'est une politique à la petite semaine", déplore le président de la FNMF sur le site lepoint.fr. Dans Sud-Ouest, Jean-Pierre Davant s'élève contre "une politique du médicament illisible". "Il faut absolument simplifier le système de remboursement et remettre de l'ordre dans notre pharmacopée. Que l'on rembourse tout ce qui a été validé et déclaré efficace par les scientifiques et rien d'autre", insiste Jean-Pierre Davant qui relève sur lemonde.fr que ce projet de décret est discuté "au moment même où on s'interroge sur le Mediator®, un médicament qui était remboursé à 65% alors qu'on savait depuis 1999 qu'il n'avait aucune utilité".

Qui doit se charger de cette évaluation ? "La Haute Autorité de santé doit tester les médicaments et vérifier leur efficacité à la lumière des connaissances scientifiques récentes, répond le président de la Mutualité Fran­çaise. Car certains produits, autrefois utiles, n'ont plus leur place. Ils doivent donc logiquement être retirés du champ du remboursement".

Quant aux complémentaires santé, "leur rôle sera de prendre le reste en charge, mais sur des bases précises et donc sans payer ”à l'aveugle”". "L'argent doit surtout servir à financer les traitements indispensables, destinés à lutter contre les maladies graves, comme le cancer, et qui coûtent extrêmement cher", conclut Jean-Pierre Davant.
John Sutton