La Mutualité s’invite dans la campagne

Invité hier du Magazine de la santé, sur France 5, Etienne Caniard s'est exprimé sur le lancement de la campagne presse de la Mutualité Française en faveur de l'accès aux soins. Cette campagne, diffusée dans la presse nationale et régionale, s'appuie sur les slogans de François Hollande et Nicolas Sarkozy pour réitérer la nécessité de garantir à tous un égal accès à des soins de qualité.

Pour le président de la Mutualité Fran­çaise, cette opération de communication vise surtout à ce que "la santé reste au cœur de la campagne électorale". Etienne Caniard espère notamment de la part des deux candidats "des mesures concrètes, réalistes, et pas seulement des déclarations d'intention", car "la santé est au cœur des préoccupations des Français". C'est pourquoi, insiste-t-il, la Mutualité portera un regard vigilant et exigeant sur les propositions santé de François Hollande et Nicolas Sarkozy.

Parmi les propositions suggérées par le mouvement mutualiste figurent le plafonnement des dépassements d'honoraires, le tiers payant pour tous chez le médecin traitant ou encore le rôle renforcé de ce dernier. Et s'il ne fallait retenir qu'une seule proposition pour améliorer le système de santé, le président de la Mutualité estime que "probablement, il faudrait commencer par redonner du sens aux remboursements de l'assurance maladie".

Aujourd'hui, dénonce Etienne Caniard, "les tarifs de remboursement n'ont plus aucun rapport avec les prix", particulièrement dans certains secteurs tels que l'optique ou le dentaire. Pour des prothèses dentaires, l'assurance maladie ne rembourse en effet que 18%, et cette tendance semble s'installer de façon générale.
Pour l'inverser, estime-t-il, il est né­cessaire de "retrouver une forme d'opposabilité" et de "plafonner les dé­passements d'honoraires". "Il s'agit égale­ment pour les mutuelles, et elles sont prêtes à le faire, de mieux rembourser, mais dans le cadre de tarifs qui soient mieux maîtrisés."

Alors que seuls 55% des soins courants sont aujourd'hui remboursés par l'assurance maladie, il apparaît en effet plus que jamais nécessaire de disposer d'une mutuelle. Mais, devant les difficultés économiques, les Français ont tendance à diminuer leur niveau de protection. Un phénomène préoccupant car ce sont les soins de premier recours et la prévention qui sont les premiers sacrifiés.

Dès lors, par nécessité, conclut le président de la Mutualité, "on a tendance à fréquenter les urgences au détriment de la médecine ambulatoire et finalement cela coûte beaucoup plus cher à la collectivité. C'est ce cercle vicieux que nous voulons enrayer".

Affrontements sur le 1er Mai
"Le 1er Mai, nous allons organiser la fête du vrai travail, de ceux qui travaillent dur, de ceux qui souffrent, et qui ne veulent plus que, quand on ne travaille pas, on puisse gagner plus que quand on travaille." Par ces mots, en appelant à manifester pour la Fête du travail, Nicolas Sarkozy a déclenché une vive polémique.

Ainsi, observent Les Echos (page 5), les syndicats ont unanimement fustigé sa décision, à l'image de la CGT qui a dénoncé une "provocation qui vise à détourner et à récupérer le 1er Mai, diviser les salariés et stigmatiser les syndicats". De son côté FO a condamné sa "récupération" qui relève du "marketing politique". La CFDT déplore quant à elle cette tentative "inquiétante" de "s'auto-désigner" comme le seul représentant des travailleurs.

Pour le Front de gauche, qui se joindra aux défilés des syndicats, ce sentiment est bien entendu partagé et cette annonce "donne le signal d'une tonalité d'affrontements avec les syndicats", estime Jean-Luc Mélenchon dans Le Monde (page 10). De son côté, L'Humanité (pages 2 à 5) s'interroge sur le sens de cette démarche. S'agit-il d'une "provocation" ou, tout simplement, le sarkozysme est-il un "néopétai­nisme" ?

Cet élan "pétainiste" est également souligné par Libération (page 2) qui rapporte aussi les propos de l'adversaire socialiste du président-candidat. Lors de son discours, hier, à Hirson (Aisne), François Hollande a rappelé que Nicolas Sarkozy "qui veut parler du vrai travail, a été le président du vrai chômage pendant cinq ans". Et d'ajouter que le rôle d'un président est de défendre "le travail pour tous" et de "faire en sorte que la dignité soit reconnue à chaque travailleur en France".
Frédéric Lavignette