La Mutualité et les organisations syndicales proposent d’encadrer strictement les dépassements d’honoraires

Les réactions sont nombreuses et souvent critiques, au lendemain de la publication au Journal officiel du décret et de l'arrêté obligeant les complémentaires santé à rembourser les dépassements d'honoraires plafonnés, pratiqués par les médecins spécialistes du bloc opératoire.

Dans un communiqué commun, la Mutualité Française et sept centrales syndicales (CFDT, CGC, CFTC, CGT, FO, FSU, Unsa) "expriment leur désaccord" et appellent "les candidats à la présidentielle à placer l'accès aux soins au cœur du débat public, et proposent comme première mesure d'urgence d'encadrer strictement les dépassements d'honoraires et d'ouvrir immédiatement des négociations avec les acteurs concernés", rapportent Les Echos (page 4).

La Mutualité et ses partenaires syndicaux estiment que le nouveau dispositif "ne réglera en rien la problématique de l'accès aux soins" pour les patients, note le quotidien économique. Il "va à l'encontre du but recherché car il n'intéresse pas les spécialistes qui pratiquent les dépassements les plus importants, tandis qu'il constitue un effet d'aubaine pour les autres", reprennent un grand nombre de quotidiens régionaux, parmi lesquels L'Est républicain, Le Républicain lorrain, Le Télégramme et Presse Océan.

"Il est facile d'imaginer que seuls les médecins qui pratiquent des dépassements inférieurs à 50 % auront intérêt à intégrer ce secteur. Or, le véritable problème aujourd'hui, ce sont les dépassements excessifs de médecins parisiens qui multiplient par deux ou par trois les tarifs de la Sécu. Rien ne sera réglé", a estimé Etienne Caniard ce matin au journal de 8 heures de France Inter. Un peu plus tôt sur l'antenne de France Info, le président de la Mutualité Française soulignait que "les médecins continueront à pratiquer les dépassements que l'on observe aujourd'hui puis qu'il n'y a au­cune contrainte".

Réagissant dans La Croix (page 16), le Bloc, syndicat représentant les chirurgiens, anesthésistes et obstétriciens évoque, de son côté, une "fausse route", arguant que "le vrai problème aujourd'hui est la non-revalorisation des tarifs de base" de la Sécurité sociale.

"Le renforcement de l'option de coordination, créée en 2005, pérennise une solution inefficace, au problème de la multiplication des dépassements", juge la Mutualité en préambule de son communiqué, repris par latribune.fr. En 2011, en effet, seuls 1.500 médecins adhéraient à l'option de coordination, dont moins de 400 parmi les chirurgiens, les anesthésistes et les gynécologues-obstétriciens, pourtant concernés par le nouveau décret. "C'est trop peu pour que l'ensemble des patients voient les bénéfices de cette mesure et surtout pour encadrer efficacement les dépassements d'honoraires, qui ne cessent d'augmenter", poursuit ce site d'information.

De son côté, l'UFC-Que choisir défend des positions similaires et évoque un "jeudi noir pour l'accès aux soins des Français". L'association de consommateurs estime que ce dispositif en­traî­nera "automatiquement une nouvelle augmentation des cotisations des complémentaires santé, avec la réper­cussion sur les assurés des honoraires supplémentaires à rembourser" (latribune.fr). "Sur le dossier épineux des dépassements d'honoraires dans le monde médical, surtout pas de vague", commente pour sa part Eric Favereau de Libération (page 19). "D'abord, il faut refiler le bébé aux mutuelles, et en­suite ne pas agacer les médecins libéraux", juge-t-il.
John Sutton