L’aspartame : une fois de plus réhabilité !

L'aspartame est sans danger pour la santé, selon un communiqué de l'autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) du 28 février. Cet avis va à l'encontre de deux récentes études qui relancent la question de l’innocuité de cet édulcorant.

La sucrette a encore de beaux jours ! De tout temps, l'aspartame a tour à tour été accusé d'être nocif pour la santé puis innocenté. Cet édulcorant, qui est le plus utilisé dans le monde, vient une fois de plus d'être déclaré sans risque pour la santé. Cet avis du 28 février de l'autorité européenne des aliments (Efsa) était attendu suite à deux récentes études qui ont semé le doute sur les édulcorants artificiels fin 2010.

La première étude, réalisée par des chercheurs italiens sous la conduite du Dr Morando Soffritti, directeur scientifique de la Fondation européenne Ramazzini de Bologne (Italie), faisait fortement soupçonner un lien entre ce produit et certains cancers chez la souris, avec une apparition plus précoce quand l’animal a été exposé in utero.

Les experts de l'Efsa concluent que les résultats présentés dans cette étude "ne fournissent pas suffisamment de preuves scientifiques". En conséquence, l'autorité européenne décide de ne pas revoir ses évaluations précédentes qui concluaient "à l'absence de potentiel génotoxique et carcinogène de l'aspartame".

Une alerte sur les accouchements prématurés
La seconde étude, menée au Danemark auprès de 60.000 femmes enceintes et publiée par l'American Journal of Clinical Nutrition, alertait sur une corrélation entre consommation de boissons édulcorées et risque d'accouchement prématuré, avec une menace proportionnelle à la quantité et à la régularité de la prise.

Le Réseau environnement santé (Res) a également sonné l'alerte en début d'année sur ce danger: "La santé du futur enfant est pour partie dépendante des consommations de sa mère pendant sa grossesse", affirme le Dr Laurent Chevallier, membre du Res et auteur de plusieurs livres sur la nutrition. "La moindre des choses, c’est de conseiller la prudence concernant les édulcorants, et surtout chez la femme enceinte !".

Mais l'Efsa conclut pour sa part "qu'aucunes preuves disponibles dans l'étude ne permettaient d'affirmer qu'il existait un lien de causalité entre la consommation de boissons non alcoolisées contenant des édulcorants artificiels et l'accouchement prématuré". Courant mars, l'Agence nationale française de sécurité sanitaire de l'alimentation (Anses) va à son tour rendre publiques des recommandations sur les risques éventuels des édulcorants.

La dose admissible facilement atteinte
L'Efsa précise toutefois qu'il ne faut pas dépasser la dose journalière admissible (DJA) fixée à 40 mg par kilo de poids corporel. Pas si simple ! Depuis de nombreuses années, surfant sur la mode des régimes minceur, de plus en plus de produits dits "sans sucre" ou light, dans lesquels un édulcorant remplace le sucre, sont apparus sur le marché.

En raison du grand nombre d’aliments contenant ce produit, la DJA peut être rapidement atteinte : il suffit, par exemple, de consommer quotidiennement quelques cannettes de soda, deux desserts lactés, plusieurs sucrettes dans le café et quelques chewing-gums.

Un succédané qui trompe le cerveau
Quant aux effets des édulcorants pour conserver ou retrouver la ligne, l’exemple américain fait réfléchir. Selon un article publié dans le Los Angeles Times en 2008, environ 70 millions de personnes prenaient des produits light dans les années 1990 et 160 millions dans les années 2000. En parallèle, le nombre d’obèses adultes est passé de 15% à 30% de la population ! Comme si une consommation accrue de produits light entraînait une augmentation du surpoids.

Quelle explication à ce paradoxe ? "Afin de combler le vide dans les aliments provoqués par le retrait du sucre, les industriels ajoutent parfois de l’amidon ou de la matière grasse", nous apprend le Dr Chevallier. Un produit light peut donc s’avérer plus calorique qu’un produit non light ! Et un succédané du sucre trompe le cerveau et entretient notre attirance pour le goût sucré. Méfiance, donc.

Ghislaine Trabacchi et Nadine Allain