L’arthrose : pas seulement une maladie de l’âge

Associée le plus souvent au vieillissement, l’arthrose peut aussi toucher des personnes ayant 40 ans ou moins. Chez ces patients plus actifs, la maladie est plus handicapante. Il faut alors adapter son style de vie et envisager des traitements.

"L’arthrose est la maladie articulaire la plus fréquente, explique le Pr Xavier Chevalier, chef du service de rhumatologie de l’hôpital Henri-Mondor de Créteil (Val-de-Marne). Elle est relativement rare chez les moins de 45 ans.

"Cette maladie est certes liée au vieillissement, mais elle n’est pas seulement un phénomène d’usure du cartilage, poursuit le Pr Chevalier. Elle fait intervenir tout ce qui constitue l’articulation. Il existe une augmentation de l’arthrose chez les plus jeunes en raison de la multiplication des activités sportives et des traumatismes qui en résultent."

La pratique intensive d’un sport de contact favorise l’apparition d’arthrose du genou précoce. "Mais c’est une maladie plurifactorielle, insiste le rhumatologue, avec la conjonction du vieillissement, du terrain familial, de la surcharge pondérale, parfois des activités sportives ou professionnelles."

Mains, genoux et hanches
Les trois formes les plus fréquentes de l’arthrose concernent les mains et les genoux d’abord, puis les hanches (10% de la population contre 30% pour le genou). "Il existe une corrélation forte entre l’arthrose des mains et celle des genoux, indique Xavier Chevalier. Cette corrélation n’existe pas pour les hanches."

Lorsque l’arthrose survient tôt, elle devient rapidement handicapante. "Les patients de 45 ou 50 ans, note le spécialiste, supportent moins d’être gênés dans leur vie quotidienne, dans leurs activités sportives ou dans leur vie sexuelle. De plus, leur niveau d’activité – plus élevé que chez des personnes plus âgées – est tel qu’ils vont plus vite abîmer leurs cartilages."

Une bonne hygiène de vie
Chez une personne âgée de 60 ans se plaignant de douleurs aux genoux, dans neuf cas sur dix la radiographie confirme le diagnostic d’arthrose. En revanche, chez les patients plus jeunes, la radiographie peut se révéler normale au début. Le recours à l’IRM est alors utile pour confirmer l’atteinte du cartilage et surtout écarter les autres diagnostics comme l’arthrite ou l’algodystrophie.

Lorsque l’arthrose est confirmée, la prise en charge la plus importante ne passe pas par les médicaments mais par une bonne hygiène de vie. "Il ne faut pas prendre de poids, et le plus souvent en perdre, recommande le Pr Chevalier. En dehors des périodes très douloureuses, il faut se servir de ses articulations, marcher tous les jours : cela entretient la force des muscles et la stabilité des ligaments, ce qui est bénéfique pour les cartilages."

Traitement de la douleur
Mieux vaut privilégier la natation, le vélo en terrain plat ou la marche plutôt que des sports d’appuis répétés comme le football, le rugby ou le jogging. Une dizaine de séances de kinésithérapie permettent d’apprendre des exercices qui vont renforcer les muscles et assouplir les articulations.

Le traitement médicamenteux repose principalement sur la prise d’un antalgique (le paracétamol), associé, en cas de besoin, à un anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS). Ce dernier, très efficace sur la douleur, doit être pris sur de courtes périodes. Les infiltrations de cortisone ou d’acide hyaluronique sont deux étapes supplémentaires pour atténuer la douleur.

La mise en place d'une prothèse
"Les anti-arthrosiques à action lente dont certains sont classés parmi les compléments alimentaires et d’autres parmi les médicaments, peuvent être pris comme traitement de fond, estime le Pr Chevalier. Le niveau de preuve qu’ils ralentissent l’évolution de la maladie est faible, mais n’est pas nul."

A terme, en cas d’intolérance aux symptômes, la seule solution s’avérera la chirurgie et donc la mise en place d’une prothèse. Cependant, en cas de défaut architectural de l’articulation, la gêne occasionnée par l’arthrose est réelle sans que la maladie ne soit à un stade trop avancé. Il est alors possible d’envisager une chirurgie préventive chez des patients encore jeunes. "Elle peut soulager le patient pendant dix à quinze ans, assure le Pr Chevalier, ce qui retarde d’autant la mise en place d’une prothèse."

Corinne Renou-Nativel