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L’alcool dangereux à plus d’un titre

Alors que l'alcool est directement impliqué dans 49.000 décès chaque année, seulement 8% des personnes concernées par cette addiction sont actuellement prises en charge et souvent à un stade avancé de leur maladie, observe Le Figaro-santé (pages 12 et 13). Une situation d'autant plus aberrante, selon ce quotidien, qu'un tiers des affaires délictuelles et criminelles seraient liées à l'alcool. Bilan auquel il faut ajouter les violences conjugales et familiales, ainsi que les séquelles chez les enfants dont la mère a consommé de l'alcool pendant sa grossesse.

"Tout comme il y a des victimes du tabagisme passif, il y a des victimes d'alcoolisme passif, mais personne ne parle jamais d'elles", dénonce, dans Le Figaro, le Pr Mickaël Naassila, directeur de recherche à l'Inserm.

Pourquoi une telle tolérance à l'égard de l'alcoolisme ? "Beaucoup pensent en­core à tort que seuls les buveurs excessifs, incapables de contrôler leur consommation, sont en danger, constate le Pr François Paille, du CHU de Vandoeuvre-lès-Nancy. C'est vrai, ils le sont, mais, à titre d'exemple, les grands buveurs dénutris et atteints d'une cirrhose ne représentent “que“ 2.500 des 49.000 décès annuels imputables à l'alcool, alors que les cancers et les maladies cardiovasculaires en relation avec une consommation excessive d'alcool font 27.000 morts dans le même temps !"

Pour changer cette vision dépassée des troubles de l'alcoolisation dans notre société, les spécialistes veulent bannir la notion d'"alcoolique chronique", car elle laisse supposer qu'une toute petite frange de la population a des problèmes avec l'alcool. Autre mesure recommandée par les alcoologues : "Inciter tous les professionnels de santé à demander à leurs patients combien ils boivent de verres d'alcool par jour, de la même façon qu'ils s'inquiètent de leur consommation de cigarettes." "Cela permettrait aux personnes en difficulté d'oser enfin parler de leur souci, sans craindre d'être stigmatisées", estime, dans Le Figaro, le Pr Henri-Jean Aubin, addictologue à l'hôpital Paul-Brousse de Villejuif (Val-de-Marne).

La France sans cigarettes : une utopie ?
"Aucun responsable de premier plan ne porte ce combat aujourd'hui", regrette l'ancien ministre de la Santé, Claude Evin, dans une interview au Journal du dimanche (page 15). "Il y a toujours une absence de volonté politique" dans la lutte contre le taba­gisme, dénonce le père de la loi sur le tabac de 1991. "Sans doute parce qu'en France, notre système de santé est organisé pour soigner les maladies et non les prévenir", explique-t-il.

Le directeur général de l'agence régionale de santé (ARS) d'Ile-de-France estime que "la dernière hausse des taxes sur le tabac a été trop limitée pour inverser les chiffres déplorables des années Sarkozy, durant lesquelles le nombre de fumeurs a recommencé à augmenter".

Contrairement à la France, plusieurs pays mènent actuellement une croisade pour interdire purement et simplement la cigarette, constate le JDD. L'Irlande a ainsi lancé, début octobre, un plan ciblant les jeunes pour devenir un pays "tobacco free" en 2025. Un objectif partagé par l'Australie (paquets de cigarettes sans logo ni couleurs), la Nouvelle-Zélande (interdiction de fumer dans les stades, parcs et prisons) et la Finlande (vente aux mineurs passible de prison).

Un monde sans tabac n'est-ce pas une utopie ? "La consommation a déjà beaucoup baissé en quinze ans dans les pays riches, souligne, dans le JDD, Bertrand Dautzenberg, président de l'Office français de prévention du tabagisme (OFT). Il suffirait de suivre cette tendance pour y arriver. […]. C'est un rêve très réaliste, seulement sa date de réalisation est inconnue."

"L'idée d'un “end game“ [fin du jeu] est à la mode. Ce n'est pas de l'utopie, mais une révolution culturelle en marche à l'horizon du siècle", renchérit la cancérologue Agnès Buzyn, présidente de l'Institut national du cancer (Inca). Une conférence internationale sur ce thème s'est tenue en Inde le mois dernier, après un premier colloque à Boston (Etats-Unis), en mars. "Et la France ?", interroge le JDD. Elle manquerait de stratégie à long terme, selon les experts qui scruteront à la loupe le troisième Plan cancer.

John Sutton