Kétoprofène : quand l’économie prévaut sur la santé

Interdit à la vente en décembre, remis en vente en janvier. C'est la prouesse que vient de réaliser, avec l'appui du Conseil d'Etat, le kétoprofène, un anti-inflammatoire utilisé pour traiter des lésions traumatiques comme les entorses, les élongations ou les tendinites.

Comme le rappelle Le Figaro (page 14), l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) avait décidé, le 18 décembre dernier, de "suspendre l'autorisation de mise sur le marché (AMM)" de 22 produits utilisés en application cutanée en raison des risques qu'ils faisaient encourir.

En effet, certains d'entre eux avaient provoqué chez des patients des photoallergies prenant la forme "d'eczéma et de bulles s'étendant au-delà de la zone d'application". Plusieurs des malades traités s'étaient retrouvés en arrêt maladie ou hospitalisés. Malgré les précautions prises depuis 2001 par les autorités pour limiter les effets secondaires du kétoprofène, les incidents avaient perduré.

"C'est dans ce contexte qu'une procédure de réévaluation du médicament sous forme de gel a été lancée, explique Le Figaro. Il en est ressorti que l'efficacité de ces gels était faible et modérée." Le 12 janvier dernier, en attendant une évaluation européenne, le kétoprofène a donc été retiré du marché parce que "le risque lié à l'utilisation de ces gels était supérieur au bénéfice attendu".

Coup de théâtre le 26 janvier ! Dans le cadre d'une procédure d'urgence, le Conseil d'Etat a autorisé la remise en vente d'un de ces gels, le Ketum® commercialisé par le laboratoire Menarini. La raison invoquée est des plus surprenantes : "Il ressort des pièces du dossier que le Ketum® représente le deuxième chiffre d'affaires de la société Menarini, de sorte que l'arrêt de la commercialisation risquerait de compromettre la possibilité pour cette société de retrouver un résultat positif en 2010..."

Même si le laboratoire Menarini est le seul à avoir fait appel auprès du Conseil d'Etat de la décision de l'Afssaps, cette décision provisoire inquiète de nombreux experts, indique le quotidien. Ils redoutent qu'une telle institution "puisse prévaloir en matière de sécurité des médicaments (...) sur la base d'un argumentaire... économique".

La menace des syndicats de généralistes
Quatre syndicats de médecins menacent chaque jour d'augmenter de 1 euro la consultation des généralistes, actuellement de 22 euros. Par la voix du président de MG-France, un ultimatum a même été fixé, rapporte Le Parisien/Aujourd'hui (page 9) : "Si début mars, des dispositions ne sont pas prises pour régulariser la situation, il faudra s'attendre à une fermeture progressive de nos cabinets", prévient Claude Leicher.

Les quatre syndicats considèrent avoir accompli la mission qui leur avait été demandée par la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam). A savoir, moins de prescription d'antibiotiques et moins d'arrêts de travail. Pour le directeur général de l'assurance maladie, cette "position n'est pas responsable". "La volonté très forte des généralistes est à mettre en parallèle avec les prochaines élections professionnelles prévues dans les tout prochains mois", estime Frédéric van Roekeghem.

La mauvaise maîtrise de la contraception
L'Inspection générale des affaires sociales (Igas) remet aujourd'hui à la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, un rapport qui "pointe un paradoxe". Comme le rapporte Le Parisien/Aujour­d'hui (pages 2 et 3), l'"arsenal contraceptif" disponible en France ne suffit pas à faire baisser le nombre d'IVG. "Chaque année, on comptabilise près de 200.000 avortements, dont au moins la moitié sur des femmes sous contraception", indique le quotidien.

Selon ce rapport, l'inefficacité des cours d'éducation à la sexualité dans les écoles est l'une des causes de cette situation. Autre motif : l'absence de gratuité des consultations gynécologiques et de la contraception pour les jeunes filles. Par ailleurs, souligne le quotidien, "pratiquement aucune pilule dite de troisième génération n'est remboursée".

Sur ce point, ce sont les laboratoires qui s'y opposent, avance Le Parisien/Au­jourd'hui. En effet, ils ne souhaitent pas que leurs produits soient remboursés par la Sécu, "car le prix de leurs médicaments serait alors fixé par les autorités". Autrement dit : pas assez élevé...
Frédéric Lavignette