croix

Veuillez effectuer une recherche.

Veuillez effectuer une recherche.

Idées fausses sur immigration et protection sociale

"Si on divisait par deux le nombre d'immigrés, on creuserait (…) les déficits publics, au lieu de les combler. Cela peut paraître paradoxal, mais c'est vrai." Telle est en substance le sens de la tribune publiée hier dans Le Journal du dimanche (page 24) et intitulée "Moins d'immigrés, une France faible".

Co-signé par six personnalités dont Martin Hirsch, ancien Haut-commissaire aux Solidarités actives, Etienne Caniard, président de la Mutualité Française, François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, et Philippe Aghion, professeur d'économie à Harvard, ce texte appelle à rompre avec "l'idée que l'immigration serait responsable de nos déficits sociaux". Une idée fausse qui est pourtant récurrente dans le discours politique actuel, "au-delà de la rhétorique sempiter­nelle de l'extrême droite".

Une étude menée par l'université de Lille, et financée par le ministère des Affaires sociales, montre en effet qu'après 60 ans les migrants "utilisent moins le système de santé" que la moyenne, qu'ils touchent de plus petites pensions de retraite, et que les transferts qu'ils reçoivent sont significativement inférieurs.

"Au total, le bilan des coûts et des contributions des migrants au financement de la protection sociale produit un bilan positif de 3,9 milliards d'euros, écrivent les signataires de cette tribune. La contribution nette globale de l'immigration aux budgets publics serait, quant à elle, de l'ordre de 12 milliards d'euros." Ainsi, si le flux migratoire était arrêté à compter d'aujourd'hui, le déficit de la protection sociale se creuserait de 1% du PIB à l'horizon 2030

Selon les auteurs, dont lepoint.fr rapporte également les propos, c'est donc "la cohésion sociale qui est menacée quand on fait croire à l'opinion publique que les immigrés sont responsables de maux qui nous appartiennent, et qu'il nous appartient de résoudre". "Les immigrés contribuent au contraire à notre protection !", démontrent-ils, tout comme l'a fait le président de la Mutualité Française, ce matin, dans le journal de 7 heures sur RMC.

Comme le signalait Le Monde de dimanche-lundi (page 4), Etienne Caniard était également invité à débattre avec des responsables associatifs et syndicaux, ce week-end, au siège de la CFDT, à Paris, autour d'"un manifeste pour un pacte social". "Blo­cage dans les réformes", "approches individuelles marquées par l'émotion et l'égoïsme", "peu de partage sur les sujets de santé" : au cours d'un débat sur le thème "La démocratie autrement", le président de la Mutualité Française a témoigné du déficit de démocratie auquel les mutuelles sont confrontées.

Celui-ci se manifeste aussi par une "absence d'effort de pédagogie" sur de nombreux sujets. "C'est la raison pour laquelle nous avons publié dans Le Journal du dimanche une tribune sur le supposé coût de la protection sociale entraîné par l'immigration", a souligné Etienne Caniard, insistant sur la nécessité d'"investir [le terrain de l'information] beaucoup plus que nous ne l'avons fait auparavant". Une démarche qui permettrait "d'essayer de maîtriser les sujets des débats que nous voulons aborder plutôt que d'être en permanence en situation de réactivité", a-t-il ajouté.

Spécialistes : grand flou sur l'encadrement des tarifs
A six semaines du premier tour de l'élection présidentielle, tout semble laisser croire qu'un nouveau projet du gouvernement concernant les dépassements d'honoraires des médecins spécialistes s'applique à ménager "une profession qui vote massivement à droite", annoncent Les Echos (page 6). Alors que l'on attendait la publication d'un décret et d'un arrêté instaurant la mise en place d'une extension de l'option de coordination s'inspirant du "secteur optionnel" pour les chirurgiens, les anesthésistes et les obstétriciens, le gouvernement, croient savoir Les Echos, préparerait un deuxième décret concernant les autres spécialités : les pédiatres, les ORL, les ophtalmologues ou encore les gastro-entérologues…

Concrètement, poursuit le Républicain lorrain, Xavier Bertrand compte renforcer le dispositif conventionnel peu connu qu'est l'option de coordination. Une disposition qui aurait pour conséquence de "pousser les mutuelles à mettre davantage la main à la poche", commente le quotidien régional. Inscrite dans la convention médicale de 2005 et modifiée dans celle de 2011, cette option prévoit que les praticiens à honoraires libres (secteur 2) ne pratiquent pas de dépassement d'honoraires sur leurs actes cliniques, limitent leurs dépassements d'honoraires à 20% du tarif opposable pour leurs actes techniques et réalisent au moins 30% de leur activité au tarif Sécu. En échange, ils peuvent bénéficier d'une prise en charge par l'assurance maladie obligatoire d'une partie de leurs cotisations sociales.

Sur la base de cette convention, poursuivent Les Echos, le décret que pré­pare le ministère de la Santé impose une prise en charge de ces dépassements par les organismes complémentaires dans le cadre de leurs contrats responsables. Autrement dit, si les mutuelles veulent continuer à obtenir les avantages fiscaux liés à ces contrats, elles sont contraintes de rembourser ces dépassements à leurs adhérents.

Au vu de ce dispositif, "on est très loin de s'attaquer réellement au problème des dépassements", juge le président de la Mutualité Française dans les colonnes du quotidien économique. Pour Etienne Caniard, ces annonces "sont à la limite de la désinformation et ne régleront rien".

Après avoir "déjà rejeté le secteur optionnel comme une solution inadaptée au problème des dépassements", souligne Le Républicain Lorrain, les mutuelles s'opposent à ce dispositif "dont elles n'avaient pas été informées". "Il semble clair, insiste Etienne Caniard dans le quotidien lorrain, que toutes ces manœuvres relèvent à la fois de l'improvisation et de la volonté d'essayer de dissimuler un certain nombre d'échecs patents, notamment celui de l'option de coordination de 2005."

Si cette mesure s'applique, elle sera toutefois de portée limitée, signalent Les Echos. En effet, "les médecins qui ont adhéré à ce dispositif conventionnel sont peu nombreux : 1 500 environ, selon la CSMF, premier syndicat de praticiens libéraux". Par ailleurs, les dépassements pris en charge ne concerneraient que les actes techniques (actes chirurgicaux, radios, endoscopies…), et non les actes cliniques. Dès lors, les gastro-entérologues ou les ophtalmologistes seront par exemple plus concernés que les pédiatres ou les psychiatres.
La rédaction