Hors parcours de soins : moins rembourser ?

Dans un contexte économique international menaçant, les prévisions financières de la France ne sont pas des plus optimistes. En effet, selon Les Echos (page 2), la croissance n’excédera pas les 1% et "le déficit de l’Etat va fortement se creuser cette année". Le ministre du Budget, Eric Woerth, envisage donc de nouvelles mesures de redressement. La réduction du déficit de la Sécurité sociale est particulièrement dans la ligne de mire de Bercy.

Selon Les Echos, le gouvernement envisage de réduire, à partir de 2009, le taux de remboursement pour les patients qui iront consulter un spécialiste hors du parcours de soins. Cette diminution a été fixée à 10% par la réforme de 2004, puis portée à 20% en 2008. Le gouvernement a décidé de diminuer "d’au moins 10%", ce qui porterait à 40% le taux de prise en charge par l’assurance maladie, contre 70% dans le parcours de soins. "Cette baisse devrait représenter une économie de 100 millions d’euros pour l’assurance maladie", explique le quotidien économique.

Malgré le plan de redressement annoncé fin juillet, le déficit des comptes de la "Sécu" n’en sera pas moins de 9 milliards d’euros l’année prochaine. Depuis 2004, la tendance est l’accélération des dépenses de santé, explique le dossier Argent (page 2) du Monde. A titre d’exemple, en 2007, elles ont progressé de +4,3% par rapport à 2006. "Les soins hospitaliers (+3,9%), les soins ambulatoires (+5,5%) et la consommation des médicaments (+7,1%) sont les postes qui ont le plus évolué dans l’année." Aussi, dans sa présentation du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2009, le 29 septembre, le gouvernement va devoir décider "s’il abaisse encore l’objectif de dépenses de l’assurance maladie pour 2009 (...) et s’il entérine ou non des prélèvements supplémentaires en sus de la hausse de la cotisation retraite de 0,3% et de la taxation des mutuelles".

D’après La Tribune (page 25), les économies s’imposent d’autant que les recettes de la "Sécu" diminuent. Selon les prévisions de l’Agence centrale des organismes de Sécurité sociale (Acoss), le ralentissement en 2009 de la masse salariale privée va être à l’origine d’un manque à gagner de 600 à 900 millions d’euros. Cette masse salariale, "sur laquelle reposent les ressources du régime général", ne devrait en effet progresser cette année que de +4,3% au lieu de +4,8% prévus, explique ce quotidien.

Les perspectives sont également inquiétantes pour l’économie en général. Le ministère de l’Economie devrait faire état cette semaine d’un déficit public de 2,7% du PIB pour cette année. Le déficit de l’Etat en 2008 devrait donc dépasser 45 milliards d’euros, "voire s’établir autour de 47 ou 48 milliards d’euros, contre 38,4 milliards en 2007", soulignent Les Echos.

Médicament : un accès libre sans succès
Le décret autorisant depuis le mois de juin les 23 000 officines à vendre en accès libre près de 200 médicaments ne remporte pas un grand succès. Selon Le Parisien/Aujourd’hui (page 10), qui rapporte les conclusions d’un sondage du Moniteur du pharmacien, les officinaux sont plutôt "opposés" à cette mesure censée habituer les Français à "prendre en charge leur bobologie (maux de tête, rhume, ballonnement, douleurs passagères) sans passer par la case médecin".

Ainsi, 42% de ces professionnels se refusent "obstinément" à proposer des rayonnages spéciaux à la clientèle. Ils sont 28,3% à envisager de le faire "dans les prochaines semaines" mais seuls 17,7% déclarent avoir installé des présentoirs spéciaux.

Les premiers à faire part de leur réticence sont les pharmaciens de petites officines (40 m²). Ils expliquent notamment leur résistance par le manque de place. La crainte du "vol à l’étalage" est également évoquée. Certains pharmaciens avancent des arguments de principe : "En vendant les médicaments comme en grande surface, on scie la branche sur laquelle on est assis. Leclerc aura beau jeu de s’engouffrer dans la brèche", explique l’un d’eux.

Par ailleurs, rapporte Le Parisien/Aujourd’hui, certains laboratoires conseillent aux pharmaciens de pratiquer des rabais sur la deuxième boîte de médicaments achetée, quitte à pousser les clients à la consommation, ce qui est interdit car "trop dangereux pour la santé publique".

Frédéric Lavignette