HPST : grogne des médecins

Les médecins hospitaliers défileront aujourd'hui contre le projet de loi "Hôpital, patients, santé et territoires" (HPST), examiné par les sénateurs à partir du 11 mai. Ils s'inquiètent notamment du rôle renforcé du directeur de l'établissement et exigent d'avoir leur mot à dire sur les décisions concernant les soins, résument Les Echos (page 1). Cette journée coïncide avec celle choisie par les personnels des hôpitaux parisiens, "y compris leurs chefs de service, les fameux mandarins, peu habitués des manifestations de rue", pour dire leur opposition au projet de loi Bachelot, rapporte La Tribune (pages 1 à 3).

La ministre de la Santé a confirmé hier que le gouvernement accepterait des aménagements au Sénat, en commission des Affaires sociales à partir de demain. A commencer par une disposition sur les services. C'est "la porte ouverte à leur suppression", au profit de pôles plus larges, créés uniquement "pour faire des économies", estime Bernard Granger, membre du bureau du Mouvement de défense de l'hôpital public, organisateur de la manifestation, dans Les Echos (page 3). Roselyne Bachelot assure que ce n'est "absolument pas le cas" et qu'elle est prête à "l'écrire dans la loi" pour rassurer les médecins. Mais elle reste ferme sur un point clef de la réforme : le représentant du corps médical ne pourra pas bloquer les décisions prises par le directeur sur le projet de l'établissement ou les nominations. "Ce serait mettre deux patrons à l'hôpital", justifie la ministre.

"L'hôpital a besoin d'un pilotage exécutif plus fort et de réaffirmer sa mission de service public", estime, dans Libération (page 17), Didier Tabuteau, responsable de la chaire Santé de Sciences-Po, ex-directeur du cabinet de Bernard Kouchner. De son côté, Guy Vallancien, responsable du département d'urologie à l'Institut mutualiste Montsouris, co-signe, dans La Tribune (page 9), un vibrant plaidoyer en faveur de la réforme. "Sans une profonde rénovation de son mode de fonctionnement et de son management, l'hôpital public s'enfoncera dans la médiocrité et ceux qui veulent le défendre par le statu quo auront tout perdu", plaident les auteurs de cette tribune libre. "En créant les communautés hospitalières de territoire, le projet de loi ouvre la perspective ambitieuse d'une médecine publique rénovée et améliorée, en partenariat avec les établissements privés", concluent-ils.

Débat sur les dépassements d'honoraires
Le Dr Jean-Martin Cohen Solal était l'invité hier de l'émission "Le 18 heures" sur la chaîne Public Sénat. Lors d'un débat consacré aux dépassements d'honoraires, le directeur général adjoint de la Mutualité française a rappelé que ces dépassements, tous secteurs confondus, "représentaient 750 millions d'euros en 1990 et 2 milliards en 2005". Avant d'ajouter : "Pour une prothèse de hanche, ils varient de 450 à 1.000 euros. On voit bien, avec cet exemple, que le “tact et la mesure” sont largement dépassés."

En ce qui concerne l'hôpital, Jean-Martin Cohen Solal juge "choquant" l'existence d'un secteur privé dans les hôpitaux publics. Pour lui, l'amendement adopté par les députés lors de l'examen de la loi "HPST", qui impose un quota d'actes en tarifs opposables dans les établissements privés en situation de monopole local, "est une bonne mesure pour assurer l'accès aux soins pour tous". De son côté, Roger Rua, secrétaire général du Syndicat des médecins libéraux (SML), a condamné les "dépassements excessifs", mais justifié "les dépassements moyens". Ils s'expliquent, selon lui, par la faiblesse des tarifs conventionnés.

Grippe porcine : on frôle la pandémie
Le monde n'est plus qu'à deux points d'une pandémie de grippe porcine, selon l'OMS qui a relevé hier son niveau d'alerte à 4 sur une échelle de 6. Toutefois, à ce stade, elle ne considère pas que la pandémie est inévitable. "Premiers cas de grippe mexicaine en Europe", titre Le Figaro en "une" pour annoncer que l'épidémie s'est étendue hier à notre continent avec 3 cas avérés : 1 en Espagne et 2 au Royaume-Uni. En France, 4 nouveaux cas présumés sont toujours "en cours d'investigation". "La capitale du Mexique est transformée en ville fantôme", constate la correspondante de Libération (pages 2 et 3) à Mexico. La grippe porcine a causé la mort de 150 personnes dans ce pays, tandis qu'une quarantaine de cas ont été confirmés aux Etats-Unis.

John Sutton