Grippe A/H1N1 : l’Etat se prépare pour une pandémie cet automne

Le ministère de la Santé a commandé 94 millions de doses de vaccins contre le virus de la grippe A/H1N1. Objectif : être prêt pour une vaccination massive de la population dès l’automne. En attendant, les malades qui craignent être contaminés doivent consulter leur médecin traitant plutôt que d’appeler le 15.

L'été n'aura pas eu raison de la grippe A/H1N1. Entre le 1er et le 15 juillet, le nombre de personnes atteintes en France par le virus a doublé pour atteindre 620 cas. En réponse, les autorités sanitaires ont décidé de faire appel aux médecins de ville pour prendre en charge les malades. Le gouvernement souhaite éviter un éventuel engorgement des services d'urgence durant l’été. Jusqu'à présent, les personnes qui pensaient être atteintes devaient appeler directement le 15.

Les médecins généralistes en première ligne
Concrètement, les médecins se chargent d'aiguiller les patients : les cas les plus graves seront orientés vers les urgences, tandis que les malades plus légers sont incités à rester confinés chez eux. Le 15 recentre ses interventions sur les patients critiques et les bébés de moins de 1 an.

La prescription de traitements antiviraux doit se faire "au cas par cas et lorsque c'est vraiment nécessaire, afin d'éviter que le virus ne développe une résistance", explique Roselyne Bachelot. La ministre de la Santé demande également aux médecins de ne pas fournir d'antiviraux aux personnes qui en font la demande : "Il n'est pas nécessaire de faire des stocks dans les armoires à pharmacie, nous avons suffisamment de doses", indique-t-elle. Les pharmacies sont approvisionnées en traitements et en masques de protection. Ces masques sont disponibles uniquement sur prescription médicale.

Une vaccination massive envisagée en automne
Au-delà de cette mesure, le gouvernement a les yeux rivés sur la rentrée de septembre. Le ministère de la Santé a commandé 94 millions de doses de vaccins, dont les livraisons devraient s'échelonner entre octobre et janvier. L'Etat a également posé une option pour 34 millions de doses supplémentaires, en cas de besoin. Montant de la facture : 1 milliard d'euros. Cette vaccination nécessite deux doses, administrées à trois semaines d'intervalle. Elle sera "prise en charge par l'assurance maladie et les mutuelles", précise Roselyne Bachelot.

Malgré cette précaution, la stratégie vaccinale n'est pas encore arrêtée. Le gouvernement décidera d'une éventuelle campagne de vaccination massive de la population en fonction de la propagation du virus à la rentrée. Dans cette hypothèse, "nous serons amenés à établir des priorités en ciblant les populations particulièrement exposés et les personnes indispensables au maintien de la sécurité et de la continuité de l'Etat", explique Roselyne Bachelot.

Sont concernés en premier lieu les 2 millions de professionnels de santé, ainsi que les personnels de secours et de sécurité, soit environ 1 million de personnes. Viennent ensuite, dans l'ordre : les personnes de moins de 65 ans qui souffrent d'affections de longue durée (ALD), les femmes enceintes, les enfants de moins de un an et les jeunes de moins de 18 ans. Enfin, ce sera le tour des moins de 65 ans.

"Les personnes de plus de 65 ans sont beaucoup moins touchées, précise Roselyne Bachelot. Elles ont sans doute déjà été exposées dans le passé à ce type de virus et ont développé une immunité." Les vaccins seront administrés dans des centres de vaccination, à l'hôpital mais également dans des bâtiments publics réquisitionnés : écoles, gymnases, administrations...

Une gravité comparable à celle de la grippe saisonnière
Malgré ces dispositifs imposants, les autorités sanitaires se montrent rassurantes. Si le virus de la grippe A/H1N1 se transmet beaucoup plus facilement que celui de la grippe saisonnière, les symptômes ne sont pas plus graves. "Le taux de mortalité est d'environ 1/1.000, soit l'équivalent de la grippe saisonnière", explique la Dre Françoise Weber, directrice de l'Institut de veille sanitaire (INVS).

"En France, les 600 cas avérés correspondent au total des malades depuis le mois de juin, relativise Roselyne Bachelot. Mais la plupart est aujourd'hui guérie. Actuellement, il y a une quarantaine de personnes malades en France."

"Le virus de la grippe saisonnière touche chaque année 2 millions de personnes en France et provoque 2.500 décès", rappelle Roselyne Bachelot. Les symptômes de la grippe A/H1N1 chez l'homme sont similaires à ceux de la grippe saisonnière : fièvre, toux, écoulement nasal, douleurs articulaires et musculaires.

Philippe Rémond