Grippe A : les experts défendent leur déontologie

Convoquée mardi au Conseil de l'Europe, pour s'expliquer sur son rôle dans la gestion de la pandémie de grippe A, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a réfuté les accusations du Dr Wolfgang Wodarg. Cet épidémiologiste et député allemand soupçonnait l'organisation d'avoir exagéré la menace, "sous la pression des laboratoires", qui en attendaient "des recettes juteuses", rapporte Le Monde (page 4). Une hypothèse appuyée par l'enquête du Parisien/Au­jourd'hui, publiée mardi.
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Le Dr Keiji Fukuda, conseiller spécial de l'OMS sur les pandémies, a affirmé que les mesures recommandées par son organisation "n'ont pas été indûment influencées par l'industrie pharmaceutique". "Nous avons tout fait pour mettre en place un système solide afin d'empêcher les conflits d'intérêt", a-t-il assuré. Le conseiller de l'OMS a rappelé que les experts consultés "doivent signer une déclaration relative à leurs intérêts privés".

La polémique a aussi porté sur la réalité de la pandémie, généralement caractérisée par un taux de mortalité inhabituel. Le Dr Fukuda, cité dans Le Monde, a répliqué que "le nouveau virus s'est propagé à une vitesse sans précédent, à 120 pays et territoires en huit semaines à peine !". Un comité d'experts des huit pays les plus exposés a estimé à l'unanimité que les critères étaient réunis pour déclarer la pandémie en juin 2009, s'est-il défendu.

Le Conseil de l'Europe a également entendu le représentant du Groupement des producteurs européens de vaccins (EVM), le Dr Luc Hessel. Ce dernier a fait valoir que sur 38 millions de personnes vaccinées en Europe, les problèmes constatés étaient "faibles ou modérés".

Pour La Croix (page 8), cette polémique pose une nouvelle fois la question des liens, parfois très étroits, entre l'industrie pharmaceutique et des médecins qui jouent un rôle d'expertise pour les autorités sanitaires. Pour évaluer leurs nouveaux médicaments, les laboratoires font d'abord réaliser des essais cliniques par des médecins hospitaliers, souvent moyennant un dédommagement ou une rémunération. "Cette collaboration n'a rien de honteux, à condition qu'elle soit encadrée. C'est une bonne chose que les labos travaillent avec des gens compétents", estime, dans La Croix, le Pr Christian Perronne, président de la section des maladies transmissibles du Haut Conseil de la santé publique. "Lors du vote de nos avis (sur la grippe A), nous avons écarté certains de nos membres ayant un conflit d'intérêt majeur", assure de son côté le Pr Daniel Floret, président du Comité technique des vaccinations.

Conférence sur les déficits
La conférence nationale sur les déficits publics, présidée ce matin par Nicolas Sarkozy, faite la "une" de plusieurs quotidiens nationaux. "Lutte contre les déficits : la France veut convaincre", titrent Les Echos, qui observent que "l'Elysée met la pression sur les régimes sociaux et les collectivités locales, dont les dépenses progressent plus vite que celles de l'Etat". Le Figaro-économie (page 18) rappelle que le ministre du Budget, Eric Woerth, a suggéré, dimanche, au "Grand Jury" de RTL, de ramener à 2%, au lieu de 3, la hausse des dépenses d'assurance maladie. "Un objectif très ambitieux, déjà dénoncé comme une “provocation“ par le syndicat de médecins CSMF", commente le quotidien. Lors de la conférence, un groupe de travail devrait proposer des mesures pour réduire le déficit de la Sécurité sociale, selon Les Echos (page 3).

De son côté, Libération a choisi d'ouvrir le dossier des niches et des exonérations fiscales, "qui ont creusé le trou" des finances publiques. "C'est une question de justice et de courage, qui peut rapporter jusqu'à 140 milliards" d'euros, conclut l'éditorial du journal (page 3).

"9 Français sur 10 pour une réduction des dépenses publiques", titre la "une" du Figaro, citant un sondage Ifop réalisé pour Fondapol. Selon le cahier économie du quotidien, "La Sécu constituera l'un des sujets majeurs de la conférence d'aujourd'hui", tandis que "le volet retraites sera mis de côté, puisqu'il fera l'objet d'un “rendez-vous“ particulier dans les prochains mois". Aucune décision concrète n'est toutefois prévue aujourd'hui, mais plutôt une réflexion sur la méthode, la façon d'aboutir à un "diagnostic partagé". Le Figaro-économie rappelle que Nicolas Sarkozy a évoqué à plusieurs reprises la nécessité de réfléchir à "la ligne de partage entre assurance maladie et complémentaires santé", à la grande inquiétude des syndicats et des associations de patients.
John Sutton