Grippe A : épidémie de critiques

Décidément, ce virus H1N1 ne cesse de faire parler de lui et donne lieu à une multitude de polémiques et de critiques, pour la plupart orientées vers le ministère de la Santé.

Hier, rapporte Libération (page 9), quatre grands médecins de la Pitié-Salpêtrière (Olivier Lyon-Caen, André Grimaldi, Thomas Similowski, Bruno Riou) ont lancé un appel qui réclame qu'on en finisse "avec un management-panique". Le fond de leur réflexion concerne évidemment le dispositif mis en place par les autorités dans cette campagne de vaccination contre la grippe A.

Pour eux, on assiste actuellement à "une improvisation". "On cherche à trouver à la hâte des solutions de fortune. Huit mois d'information sans cesse répétée pour en arriver là, tandis que s'exprime une préoccupation croissante de nos concitoyens tiraillés entre la peur de la grippe, dont on rapporte chaque jour le nombre des victimes, et la crainte de la vaccination accentuée par le défaut évident d'organisation du dispositif."

Ces praticiens ne comprennent notamment pas pourquoi "on a voulu créer ex nihilo un système dont sont exclus les médecins de famille et les hôpitaux". Avec, relèvent-ils, un paradoxe notable : on réquisitionne quand même des internes hospitaliers pour aller vacciner dans ces centres, au besoin avec l'aide de la police et de la gendarmerie.

Et le recours aux médecins de ville dans ce dispositif ? "Le gouvernement y est fermement opposé", observent Les Echos (page 10), au motif que les vaccins ne sont pas conditionnés en doses individuelles et que la traçabilité ne serait pas garantie.

Les médecins, de leur côté, sont "partagés". Le syndicat MG France reste "très opposé à la stratégie de mise à l'écart des généralistes", même s'il admet que l'informatique en place dans les cabinets est "balbutiante" pour assurer la traçabilité de cette vaccination.

Le Conseil national de l'ordre des médecins, lui, ne s'offusque pas de cette absence dans le dispositif de vaccination, reconnaissant que les médecins n'ont pas la capacité de prendre en charge une vaccination massive de la population. De plus, "il ne paraît pas logique de faire attendre dans les salles d'attente des patients éventuellement porteurs de virus et des personnes venues pour se faire vacciner en principe en bonne santé", souligne le Conseil.

Il est également une autre interrogation, pour le moment sans réponse, ajoutent Les Echos : "Où sont passés les masques et les antiviraux ?" Alors que la France a commandé en grande quantité du Tamiflu® et du Relenza® et fait fabriquer des masques de protection par millions, qu'attend-on pour les utiliser ?, interroge le quotidien.

Mutuelles : impact de la grippe sur les cotisations
La grippe A ne sera pas sans coût pour les adhérents mutualistes. L'an prochain, a en effet prévenu le directeur général de la Mutualité Française ce matin sur RMC, les cotisations des mutuelles de­vraient augmenter, en raison de l'épidémie entre autres.

Comme l'a expliqué Jean-Martin Cohen Solal, "la contribution des mutuelles à la vaccination contre la grippe A représente environ 280 millions d'euros, ce qui entraînera une augmentation de 1% des charges des mutuelles" en 2010. Mais à cela il va falloir ajouter les autres dé­penses occasionnées par cette grippe tels que les remboursements liés aux consultations et aux remboursements des médicaments, ce qui représente 0,5% d'augmentation.

"Il est impossible, sans piocher dans les réserves indispensables des mutuelles, de faire face à cette situation, a-t-il indiqué. Avec les autres mesures contenues dans le PLFSS, les mutuelles sont donc contraintes d'augmenter leurs cotisations de 3 à 5%."

Frédéric Lavignette