Génériques : petits arrangements entre labos

La Commission européenne a rendu hier les premières conclusions de son enquête sur le secteur pharmaceutique, qu'elle soupçonne de freiner l'accès au marché européen des médicaments génériques, notamment par des pratiques d'entente commerciale, rapporte Le Figaro-économie (page 21). Le rapport met en évidence des "retards dans l'introduction" sur le marché des produits génériques, qui ont renchéri de 20% les dépenses de santé des Européens entre 2000 et 2007.

"C'est une montagne qui accouche d'une souris !", commente un expert parisien, interrogé par La Tribune (page 15). Les conclusions de l'enquête sur l'industrie pharmaceutique sont "moins spectaculaires" que l'amende infligée hier à GDF Suez et EON, par la Commission européenne, souligne également Le Figaro-économie.

"Les pratiques des entreprises sont en partie à l'origine de cette situation", souligne la commission, dont l'enquête montre que les laboratoires "utilisent divers instruments pour étendre la durée de vie commerciale de leurs produits, afin d'empêcher aussi longtemps que possible l'entrée des génériques sur le marché".

Tous les moyens sont bons pour les labos : "ententes, bien sûr, mais aussi dépôts de brevets à tiroirs pour une même molécule, recours judiciaires dilatoires (700 litiges répertoriés), pression sur le régulateur afin de retarder l'agrément d'un générique, voire paiement d'un concurrent pour qu'il renonce au marché", résume Jean-Jacques Mével, correspondant du Figaro-économie à Bruxelles.

La Commission européenne a indiqué qu'elle "intensifiera ses contrôles du secteur" et "étudiera certains cas particuliers lorsque cela lui semblera adéquat". Elle a également annoncé l'ouverture d'enquêtes contre plusieurs groupes pharmaceutiques, dont le Français Servier et l'Israélien Teva, leader du marché des génériques, suite à des perquisitions menées en novembre dernier (La Tribune). Les autres spécialistes des génériques concernés sont Krka, Lupin, Matrix (filiale de l'Américain Mylan) et Niche Generics (filiale du Britannique Unichem). La commission leur reproche "plusieurs accords potentiellement restrictifs, conclus entre chacun d'eux et Servier", qui auraient eu pour effet "d'entraver l'entrée sur le marché" du générique du Périndopril, traitement cardiovasculaire mis au point à l'origine par Servier.

Le rapport appelle à "la création d'un brevet communautaire" qui permettrait de traiter les litiges entre labos et génériqueurs de façon unifiée dans l'Union européenne, souligne La Tribune. Enfin, elle incite les Etats membres à "accélérer de façon significative les procédures d'autorisation pour les médicaments génériques". Le délai moyen de 7 mois entre l'expiration d'un brevet et l'arrivée d'un générique en Europe est trop long, selon Bruxelles, qui a calculé que 3 milliards d'euros pourraient être économisés si la mise sur le marché d'un générique intervenait plus rapidement.

Les nouveaux soldats de la "Sécu"
Face à l'armée de visiteurs médicaux et aux 3 milliards d'euros que les labos consacrent chaque année à la promotion de leurs médicaments auprès des médecins de ville, un petit millier de délégués de l'assurance maladie sillonne désormais les cabinets de toute la France, pour fournir une contre-information aux praticiens. Cette "petite révolution" a été initiée par Laurent Jaladeau, directeur la Cpam de l'Aude, où s'est rendu en reportage Eric Favereau pour Libération (pages 30 et 31). La petite caisse vient justement de gagner le procès que lui a intenté le labo AstraZenca. Son seul tort, avoir critiqué son médicament phare : le Crestor, une statine utilisée dans le traitement du cholestérol. En 2004, la Cpam de l'Aude avait lancé une première campagne sur les antibiotiques, qui lui avait permis de réaliser 200.000 euros d'économies. Une belle réussite, qui lui avait valu la visite du directeur général de la Cnam, Frédéric van Roekeghem. Séduit par l'expérience, ce dernier décida de l'étendre à toute la France.

John Sutton