Financement de la santé : la crise ajourne la réforme

Le ministre du Budget "ne pense pas qu’une crise économique soit le meilleur moment" pour réformer le financement de la protection sociale, comme il l’exprime dans une longue interview publiée dans Le Quotidien du médecin d’hier (page 3). "Modifier en profondeur le rapport entre le régime obligatoire et les organismes complémentaires, poser sans tabou la problématique du reste à charge des assurés, mettre en place le bouclier sanitaire... Nous ne sommes pas prêts aujourd’hui à mettre en place ces réformes", indique Eric Woerth. "Le débat de fond sur le partage entre solidarité nationale et responsabilité individuelle doit évidemment se poursuivre avec tous les acteurs, assure-t-il, mais la priorité est de mieux organiser le système qui existe aujourd’hui."

"L’impact de la crise sera net sur nos finances sociales", estime Eric Woerth. Toutefois, ajoute-t-il, "cela ne veut surtout pas dire que nous devons abandonner nos objectifs : revenir à l’équilibre des comptes du régime général en 2012 et de l’assurance maladie dès 2011". "C’est évidemment plus difficile dès lors qu’on a décidé de ne pas imposer des mesures spectaculaires : je le redis, il n’y aura pas d’augmentation de la CSG."

Interrogé sur l’information des médecins, Eric Woerth juge que la Haute Autorité de santé "ne fait pas suffisamment rapidement son travail de publication des avis médico-économiques" et estime que "la liberté de prescription doit être mieux guidée". Le ministre est partisan d’"aller plus loin dans les contrats individuels proposés aux médecins et payés à la performance". "Nous avons des possibilités d’expérimenter d’autres modes de rémunération que le paiement à l’acte. Faisons-le !" Enfin, selon le ministre, "si on veut que le malade continue à être remboursé, il faut maîtriser le rythme des prescriptions des médecins, l’évolution des tarifs, des prix des médicaments..." "L’idée n’est pas de soigner moins bien, mais au juste prix", conclut-il.

Le devis médical va entrer en vigueur
L’arrêté prévoyant la remise d’une "information écrite préalable" par les médecins et tous les professionnels de santé a été publié samedi au Journal officiel, signale Le Figaro-économie (page 22). Ce document devra être remis au patient "dès lors que, lorsqu’ils comportent un dépassement, les honoraires totaux des actes et prescriptions, facturés lors de la consultation, sont supérieurs ou égaux à 70 euros". Cette disposition entrera en vigueur à compter du 1er février, indique Le Parisien/Aujourd’hui (page 7).

Le principe de cette mesure de "transparence" des tarifs et des actes médicaux avait été annoncé par la ministre de la Santé au début de l’année dans le cadre de la lutte contre les dépassements d’honoraires abusifs, rappelle La Croix (page 10). L’autre mesure visant à limiter les dépassements d’honoraires, c’est la création du secteur optionnel. Le journal de 20 heures de M6 a diffusé hier soir un reportage sur la grève des chirurgiens libéraux dans un hôpital lyonnais. Selon eux, le secteur à honoraires libres serait menacé. Interrogé hier soir dans le "6 minutes" de M6, le directeur général de la Mutualité française a rappelé que "théoriquement ces dépassements d’honoraires doivent être faits avec "tact et mesure"". Pourtant, "certains chirurgiens dépassent trois à quatre fois le tarif de la Sécurité sociale, quand ça n’est pas plus", a indiqué Daniel Lenoir. "Il est clair que les mutuelles ne peuvent pas prendre en charge des dépassements aussi élevés", a-t-il conclu.

John Sutton