Espérance de vie : « plus on est pauvre, moins on est en bonne santé »

"Globalement depuis 1968, la mortalité a diminué, mais certaines catégories en ont plus profité que d'autres", souligne un rapport inédit de l'Inspection générale des Affaires sociales (Igas), consacré aux inégalités sociales de santé, que s'est procuré La Tribune (page 45). L'Igas rappelle que "les inégalités liées au niveau d'études ont augmenté depuis 1968" et qu'elles se sont creusées durant les deux dernières décennies. Conséquence : la différence d'espérance de vie entre un cadre supérieur et un ouvrier à l'âge de 35 ans atteint désormais sept ans. Le premier ayant en­core 46 années de vie devant lui, tandis que le second seulement 39.

"Les études indiquent que l'accroissement des écarts est dû à une baisse plus importante de la mortalité pour les groupes les plus favorisés, liés à la diminution des causes de décès", selon les auteurs de "L'Etat de santé de la population en France 2009-2010", cités dans le quotidien économique. De plus les ouvriers subissent "la double peine". En effet, sur leurs 47 années d'espérance de vie, les cadres supérieurs peuvent espérer en vivre 34 (73%) sans aucune incapacité (difficultés visuelles, auditives, de locomotion ou des gestes de la vie quotidienne). Un ouvrier de 35 ans, vivra lui, en moyenne, 24 ans sans incapacité, soit 60% du temps qui lui reste à vivre, précise le rapport.

"Ce type d'injustice, qualifié par les experts de ”gradient social”, se résume par une formule lapidaire : plus on est pauvre, moins on est en bonne santé", indique La Tribune. Une réalité difficile à accepter dans un pays comme la France, qui a mis en place la CMU et qui consacre 11,2% de son PIB aux dépenses de santé (2e rang mondial, selon l'OCDE), souligne ce quotidien.

Nous ne sommes pas non plus égaux face au tabagisme. "La prévalence du tabagisme quotidien a augmenté parmi les personnes sans diplôme, parmi les diplômés inférieurs au bac et parmi les diplômés de niveau bac. Elle a diminué parmi les individus de niveau supérieur au bac", constate une étude de l'Inpes sur la consommation de tabac en France, publiée le mois dernier.

La lutte contre les inégalités de santé est désormais inscrite dans les objectifs des agences régionales de santé, qui seront évaluées notamment en fonction de l'indicateur de réduction de la mortalité prématurée. Un critère qui s'appuie largement sur l'impact des programmes de prévention et d'éducation à la santé.

Les médecins rétifs au secteur libéral
Si le nombre de médecins reste stable (193.943 au 1er janvier 2010), c'est leur répartition qui pose le plus de difficultés, souligne Le Figaro-économie (page 25). L'Ile-de-France compte ainsi 222 spécialistes pour 100.000 habitants, soit le double de la Picardie ! "L'atlas annuel de la démographie médicale », publié par l'Ordre des médecins, ré­vèle que 8,6% seulement des nouveaux inscrits en 2009 ont choisi l'exercice libéral. Et ce taux ne cesse de s'amoindrir au fil des ans. Le Conseil national de l'Ordre des médecins s'inquiète parallèlement de la progression du nombre de remplaçants, surtout parmi les généralistes, qui retardent par ce biais le moment de s'installer. Ils sont désormais environ 10.000, et ce ne sont pas uniquement de jeunes médecins, car 10% ont obtenu leur diplôme depuis vingt ans et plus. Vendredi prochain, l'ancienne ministre de la Santé, Elisabeth Hubert, remettra à Nicolas Sarkozy un rapport sur la médecine de proximité, qui vise à répondre au malaise de ces praticiens.
John Sutton