Enquête nationale de la LMDE : les étudiants renoncent de plus en plus aux soins

La précarité s'accroît chez les étudiants. Et selon la 3e enquête nationale réalisée par l'Observatoire Expertise et prévention pour la santé des étudiants (EPSE) de La Mutuelle des étudiants (LMDE) auprès de 8 500 d'entre eux, leur bulletin de santé s'est progressivement dégradé. Cette enquête fait l'objet d'un ouvrage intitulé Santé et conditions de vie des étudiants, coédité par la Mutualité Française et Rue des écoles.

Il y a un an, rapporte Le Figaro (page 12), les jeunes semblaient "globalement en bonne santé" et seul un étudiant sur cinq avait renoncé à des soins ou des médicaments au cours de l'année écoulée pour des raisons financières. Leur précarité a évolué même si beaucoup d'entre eux travaillent parallèlement à leurs études.

En 2003, note Le Monde (page 10), ils étaient 48% dans ce cas. Sept ans plus tard, ils sont 68% à exercer un emploi. Et malgré cela, ils doivent effectuer des arbitrages financiers au détriment de la santé. "Alors qu'ils étaient 23% en 2008 à déclarer avoir renoncé à des soins au cours des douze derniers mois", le taux atteint désormais 34%. Par obligation économique, ajoute Le Parisien/Aujourd'hui (page 9), 19% des 18-25 ans ne sont d'ailleurs pas couverts par une complémentaire santé, contre 6% pour l'ensemble de la population.

Dans le détail, indique 20 minutes, "7% des étudiants ont renoncé à des traitements dentaires comme les couronnes et 5% à des soins ophtalmologiques ou pour les étudiantes à des examens gynécologiques". Pour le président de la LMDE, Gabriel Szeftel, les étudiants se retrouvent ainsi face à un dilemme : "Se soigner ou payer son loyer", rapporte le quotidien gratuit.

"Beaucoup de jeunes ont perdu confiance dans l'avenir de notre sys­tème de protection sociale", a regretté hier sur France Inter le président de la Mutualité Française. "Si rien n'est fait, les jeunes devront régler pour leurs aînés des charges considérables liées à la santé, sans peut-être avoir droit eux-mêmes aux garanties dont bénéficiaient leurs parents", déplore-t-il dans 20 minutes. Sur Europe 1, Etienne Caniard a estimé qu'il faut "agir sur deux leviers pour essayer de leur redonner confiance dans le système de protection sociale".

Le premier vise à faciliter l'accès des étudiants aux complémentaires santé qui sont devenues indispensables pour accéder aux soins. Pour cela, indique Etienne Caniard, il convient de "mettre fin au cycle de renchérissement des mutuelles que nous avons connu l'an dernier avec une taxation nouvelle", tout en mettant en place "des aides pour les plus fragiles". Le second volet consiste à limiter les dépassements d'honoraires qui se sont banalisés et qui sont, particulièrement pour les étudiants, un des principaux obstacles à l'accès aux soins. De tels moyens permettront aussi d'éviter, par exemple, le recours à l'automédication. D'après l'enquête de la LMDE, 92% d'entre eux se sont en effet soignés seuls, sans aller voir un médecin.

Changement de cap pour l'hôpital
Parce qu'ils sont "incompatibles avec les valeurs du service public", les dépassements d'honoraires pourraient prochainement être encadrés. C'est l'une des annonces faites hier par la nouvelle ministre des Affaires sociales et de la Santé, lors de l'inauguration du salon Hôpital expo.

Comme le rapporte La Croix (page 8), Marisol Touraine souhaite qu'une négociation "soit engagée rapidement entre l'ensemble des acteurs concernés". Une négociation qui "ne pourra excéder quelques mois" et devra aboutir à des résultats. "A défaut de résultat, a-t-elle déclaré, le gouvernement assumera ses responsabilités."

Par ailleurs, la ministre de la Santé "a confirmé la fin de la convergence tarifaire qui consiste à aligner la somme versée par la Sécu à un hôpital sur celle versée à une clinique pour le même acte", explique Le Figaro (page 21). En revanche, elle a annoncé que le financement des hôpitaux en fonction de leur volume d'activité "sera corrigé mais pas aboli", note le journal.

La Fédération hospitalière de France (FHF) est satisfaite de ces annonces, indiquent Les Echos (page 4). De son côté, le secteur privé est "furieux". Pour le FHP-MCO, l'un des syndicats qui défend les cliniques, "arrêter le rapprochement des tarifs est un non-sens économique".
Frédéric Lavignette