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Donner ses plaquettes : un geste que l’on peut faire tous les mois

Moins connu que le don de sang, le don de plaquettes est indispensable à certains malades. Il permet de récupérer dix fois plus de plaquettes qu'un don de sang total. Cet acte se fait dans d’excellentes conditions de confort et de sécurité. Reportage sur un site parisien de l’Etablissement français du sang (EFS).

Mardi matin, dix heures. A quelques pas de l’hôpital Saint-Antoine (Paris), sur le site de l’Etablissement français du sang (EFS) de Crozatier, tous les fauteuils réservés au don de plaquettes – le nom médical est la cytaphérèse - sont occupés. Chez tous les donneurs, le sentiment de fierté d’être utile à un malade revient comme un leitmotiv : "Je me sens solidaire, je pense aux gens que je vais contribuer à soigner", sourit Annelise, une jeune donneuse de 26 ans, dont huit ans de dons.

Plus de 500.000 malades sont transfusés chaque année. Il n’existe actuellement aucun moyen de remplacer le sang humain et ses composants. La cytaphérèse permet de récupérer jusqu’à dix fois plus de plaquettes qu’un don de sang total. Ces petites cellules sanguines sont indispensables à la coagulation. Mais elles ne se conservent que 5 jours, contre 42 pour le sang total. Elles nécessitent donc un approvisionnement régulier.

"On m’a tout expliqué, je suis serein"
Le souci de sécurité constitue le premier frein au don de plaquettes. "Les gens se posent souvent des questions sur la sûreté du don", explique la Dre Michèle Villemur, responsable du site de Crozatier. "Ils craignent que leur sang, qu’on leur restitue après en avoir prélevé les plaquettes, leur revienne contaminé. Certains pensent qu’il passe à l’intérieur de la machine. Ce n’est absolument pas le cas ! Le sang passe uniquement dans des tubulures transparentes, stériles et à usage unique, que l’on ouvre et qu’on pose devant eux."

Devant l’une de ces machines, la Dre Villemur donne quelques précisions techniques : "Les plaquettes sont séparées du reste du sang par centrifugation. On rentre les données d’hématocrite de chaque donneur et la machine fait le reste. Selon les donneurs, on pique deux fois le même bras ou bien une fois chaque bras, pour le prélèvement et la restitution du sang. Ce n’est absolument pas douloureux, même si certaines personnes ont parfois une sensation de froid."

Dans la salle, une infirmière installe justement Marc, 26 ans, qui donne ses plaquettes pour la première fois. "Ma femme m’a dit que c’était plus utile que le don de sang total, alors me voilà !" Il ne manifeste aucune inquiétude quant à sa sécurité : "On m’a tout expliqué, je suis serein."

Un peu plus d'une heure pour sauver une vie
Second obstacle au don de plaquettes : le temps. "Il faut filtrer 3,5 à 4 litres de sang pour obtenir une pochette de plaquettes. Le tri et la restitution du sang prennent du temps. C’est pourquoi il faut prévoir un peu plus d’une heure de prélèvement, contre environ un quart d’heure pour du sang total", indique la Dre Villemur. "Mais ce temps peut être utilisé à lire, à regarder un film, ou à discuter avec un membre de la famille ou un ami."

Certaines personnes prennent rendez-vous en même temps pour donner ensemble, comme Annelise, venue avec son père, Gilles, 60 ans. "C’est elle qui m’a donné le goût du don, il y a cinq ans, quand je l’ai accompagnée ici pour la première fois", raconte Gilles, confortablement installé dans un fauteuil rappelant ceux des classes affaires dans les avions. Pour Annelise, donner son sang ou ses plaquettes est "un devoir civique" : "C’est simple et sans risque, et ça sauve réellement des vies." Avec le même enthousiasme, elle encourage ses amis à franchir le pas.

Après leur prélèvement, les donneurs vont se restaurer à la cafétéria. "Nous leur conseillons d’éviter les efforts violents et de boire beaucoup le reste de la journée, mais ils peuvent retourner travailler", explique Hélène, l’une des infirmières responsables. Quelques heures plus tard, leurs plaquettes se seront régénérées. Tout naturellement !

Alexandra Capuano

"On peut donner ses plaquettes jusqu'à douze fois par an"
Trois questions au Dre Michèle Villemur, responsable des dons de sang sur le site de l’Etablissement français du sang (EFS) de la rue Crozatier (Paris).

Quelle est la spécificité du don de plaquettes ?
Les plaquettes ont une durée de vie de 5 jours et ne peuvent pas être congelées. Notre but est qu’il n’y ait pas de rupture de stock. Il y a des périodes difficiles, comme les jours fériés ou les vacances, mais nous les connaissons et les anticipons. Bonne nouvelle : depuis le 19 avril 2009, la France s’est mise en conformité avec les normes européennes, qui autorisent à donner ses plaquettes jusqu’à douze fois par an, contre cinq auparavant. C’est sans danger pour la santé des donneurs !

Quelle est la motivation des donneurs ?
Il peut y avoir un élément déclencheur, comme la maladie d’un proche. Ici, en général, c’est l’envie de se sentir utile, de contribuer à sauver des vies. En effet, un patient qui manque de plaquettes peut mourir d’une hémorragie et il n’existe pas de plaquettes artificielles.

Concrètement, comment se passe un don de plaquettes ?
Ils se font sur rendez-vous car il faut réserver une machine par donneur. Vous remplissez un questionnaire pour vérifier que vous pouvez donner sans risque pour vous ou pour le receveur. Le médecin vous reçoit, lit vos réponses avec vous, prend votre tension et vous pique le bout du doigt pour vérifier que vous avez assez de plaquettes (minimum 150.000). Puis une infirmière vous installe et ouvre devant vous les aiguilles et tubulures stériles et à usage unique, par lesquelles le sang va passer. La machine conserve les plaquettes dans une poche et vous restitue les autres composants sanguins. Le prélèvement dure entre 70 et 90 minutes.