Déserts médicaux : statu quo

Les députés ont adopté mardi soir deux amendements sur la répartition des médecins, dans le cadre du projet de loi "Hôpital, patients, santé et territoires" (HPST). Après une période d'observation de trois ans, les Agences régionales de santé (ARS) pourront proposer aux médecins des zones surdotées d'adhérer à un "contrat santé solidarité", par lequel ils s'engagent à exercer une partie de leur temps dans les campagnes et les banlieues sous-médicalisées, explique le quotidien Les Echos (page 3). "Les médecins qui refusent de signer un tel contrat s'acquittent d'une contribution forfaitaire annuelle", prévoit le texte.

"Cette disposition laisse leur chance aux mesures incitatives et repose sur le principe de la solidarité intergénérationnelle, car elle fait peser les mêmes contraintes sur les jeunes médecins et sur leurs aînés", s'est félicité Jean-Marie Rolland, député UMP auteur de l'amendement et rapporteur du projet de loi HPST. A l'opposé, son collègue socialiste Christian Paul qualifie cette mesure d'"imposture", car elle reporte toute mesure contraignante "de plusieurs années". "La plupart des médecins vont s'acquitter de la taxe et le problème restera entier", dénonce-t-il.

Plus étonnantes sont les réactions hostiles des syndicats de médecins. La CSMF fustige "la stupidité" et "l'injustice" de cette "taxe Bachelot". "C'est une mesure qui donne bonne conscience aux députés, mais qui pénalise les médecins déjà installés et ne résoudra pas le problème de la démographie médicale", juge pour sa part le syndicat de généralistes MG-France (Les Echos).

Le deuxième amendement voté, lui, à l'unanimité, concerne le versement d'une bourse mensuelle de 1 200 euros par mois aux étudiants qui s'engageront, à l'issue de leurs études, à exercer dans une spécialité médicale en pénurie, comme la médecine générale, et dans une zone sous-médicalisée, explique Le Figaro-économie (page 21). "La durée de leur engagement est égale à celle pendant laquelle l'allocation leur a été versée et ne peut être inférieure à deux ans", précise le texte. Il s'agit de généraliser et d'amplifier un dispositif déjà testé dans plusieurs régions, comme la Picardie et dans plusieurs départements comme l'Allier et la Saône-et-Loire, rappelle Le Figaro-économie. "La bourse est une goutte d'eau, reconnaît Colette Michaux, vice-présidente du conseil régional de Picardie. Néanmoins, cela nous assure quelques remplaçants dans les zones très rurales."

"Etat stationnaire sur les déserts médicaux", titre Libération (page 11). Dans son article, Eric Favereau écrit sur un ton ironique : "Finalement, Roselyne Bachelot a choisi... le statu quo. Pour tenter de répondre aux défis que posent les déserts médicaux, on ne touchera pas à la sacro-sainte liberté d'installation des médecins dans le cadre du projet de loi santé."

Sécu : sombres perspectives
Le gouvernement devrait confirmer aujourd'hui ses nouvelles prévisions en termes de croissance économique pour 2009, à l'occasion de la présentation du collectif budgétaire. La récession et l'explosion du chômage ne manqueront pas d'aggraver le déficit des organismes sociaux comme les régimes de retraite complémentaire, l'Unedic et la Sécurité sociale, souligne Le Quotidien du médecin daté d'hier (page 4). Le déficit de la "Sécu" serait finalement compris, selon Bercy, entre 17 et 18 milliards d'euros pour le régime général. "Le précédent record de 2004 (11,9 milliards d'euros) est pulvérisé", relèvent Les Echos (page 2). Selon un rapide calcul, et toutes proportions gardées, le "trou" de la seule branche maladie pourrait avoisiner les 8,4 milliards d'euros.

La dégradation s'explique par un manque à gagner considérable du côté des recettes. Pour la première fois depuis 1993, le gouvernement prévoit que la masse salariale du secteur privé stagnera en 2009.

John Sutton