Déserts médicaux : la prudence des candidats à l’élection présidentielle

"Les futurs médecins peuvent respirer : la campagne présidentielle ne devrait pas donner lieu à une surenchère coercitive autour de l'installation des médecins dans les zones sous-dotées", estime le quotidien La Croix (page 5). Les principaux candidats sont plutôt favorables à des mesures incitatives. "C'est une orientation que nous avons largement défendue tant auprès du Parti socialiste que de l'UMP", se félicite Pierre Hamann, président de l'Association des étudiants en médecine de France (Anemf).

La question des déserts médicaux a jusqu'à maintenant été peu abordée dans la campagne présidentielle. "C'est pourtant un sujet d'inquiétude majeure, qui ne concerne pas uniquement les zones ru­rales, mais aussi de plus en plus de quartiers périphériques ou de villes moyennes, constate Laurent Beauvais, président socialiste de la région Basse-Normandie. Et il va au-delà des généralistes. Pour le même nombre d'habitants, on recense 200 psychiatres à Paris pour deux à Cherbourg."

De nombreuses mesures incitatives ont été testées au cours des dernières années pour encourager les médecins à s'installer dans les zones sous-dotées. C'est le cas des contrats d'engagement de ser­vice public (CESP) qui attribuent une allocation de 1 200 euros aux étudiants en médecine s'ils s'engagent à exercer dans une zone sous-médicalisée pour une durée identique à celle du versement de leur allocation. Sur 400 CESP proposés, 148 ont trouvé preneurs la première année et 195 la seconde.

Faut-il passer à des solutions plus contraignantes ?, interroge La Croix. La question a fait débat dans les partis politiques. En avril dernier, le programme socialiste prévoyait d'envoyer les jeunes médecins exercer dans une "zone de santé prioritaire", mais cette option n'a finalement pas été retenue par François Hollande. En présentant, jeudi dernier, ses mesures sur la santé, le candidat socialiste a préféré évoquer un "plan d'urgence" pour l'installation des jeunes médecins, fondé sur l'incitation.

De son côté, Nicolas Sarkozy confirmait, à la mi-janvier dans Le Généraliste, qu'il n'était pas favorable à la coercition, mais au développement des maisons de santé. Quant au candidat du Modem, François Bayrou, il expliquait récemment, dans l'hebdomadaire Impact médecine, qu'"il faudrait offrir des places supplémentaires, assorties d'un engagement de dix ans dans une région donnée".

Certains élus ne partagent pas la prudence des candidats. "Les notaires et les pharmaciens ne s'installent pas où ils veulent et personne ne parle de coercition", souligne Philippe Vigier, député du Nouveau centre, auteur de la proposition de loi, rejetée en janvier, qui prévoyait trois ans d'exercice obligatoire en zone sous-dotée pour toute nouvelle installation.

Le quotidien La Croix (page 6) s'est rendu dans un de ces déserts médicaux, à Decazeville (Aveyron), où dans deux mois les deux derniers ophtalmologues partiront à la retraite. "Les habitants de la petite cité aveyronnaise et de tout son bassin de vie (plus de 30 000 personnes) devront aller jusqu'à Figeac (27 km) ou Rodez (40 km) pour faire examiner leurs yeux."

Saint-Quentin : "l'accès aux soins en péril"
"Notre combat n'est pas un combat partisan, comme on nous l'a si souvent dit. Nous sommes là pour la santé des Français", a lancé Etienne Caniard, devant près de 700 participants à la réunion régionale sur l'avenir du système de santé, organisée par la Mutualité Française vendredi soir à Saint-Quentin (Aisne).

"Le capitaine n'est pas là aujourd'hui", a souligné une participante, allusion directe à l'absence du maire de la ville et ministre de la Santé, Xavier Bertrand, pourtant invité, rapporte le quotidien régional Le Courrier picard (www.courrier-picard.fr). "Mais sa conseillère est là", a remarqué la même personne en désignant au premier rang Marie-Laurence Maître, adjointe au maire, en train de prendre "studieusement des notes".

"L'accès aux soins est en péril", a rappelé le Dr François Wilthien à la tribune. Un constat partagé par de nombreux intervenants, comme cette bénévole du centre social Saint-Martin : "Je suis révoltée. Je vois des mamans qui touchaient le RSA et avaient la CMU, avoir le courage de reprendre un emploi car on les traitait de fainéantes, mais aujourd'hui, elles ne touchent plus la CMU et n'ont pas les moyens d'avoir une mutuelle. Leurs enfants ne sont pas soignés."
John Sutton