Dépendance : pour un financement public massif

Le financement de la dépendance doit être fondé sur une large solidarité nationale. C’est ce qui ressort du débat citoyen organisé par la Mutualité Française sur le thème "Dépendance : choisissons la solidarité", à Lyon le 24 mai. Son président, Etienne Caniard, évoque des pistes qui serviront de base aux propositions de la Mutualité en vue des échéances électorales.

"Cessons de nous faire peur" sur la dépendance ! Cette exhortation d’Etienne Caniard, président de la Mutualité Française, résume les enjeux du débat citoyen organisé à Lyon le 24 mai. Quelque 250 participants ont discuté ensemble de cette question et des solutions financières à y apporter. Contrairement à certaines idées reçues, "le financement public de la dépendance est accessible", souligne Etienne Caniard. La question est de bien utiliser les ressources disponibles."

Le président de la Mutualité Française rappelle ainsi que l’assurance maladie obligatoire prend en charge 60% du coût de la dépendance, à savoir près de 16 milliards d’euros par an sur un total de 25 milliards. De leur côté, les collectivités territoriales financent, à hauteur de 5 milliards d’euros, l’allocation personnalisée d’autonomie (Apa). Cette allocation a vocation à aider les personnes dépendantes et leur famille à faire face aux dépenses de maintien à domicile ou en établissement.

Etienne Caniard rappelle que les montants qui restent à la charge des personnes concernées et de leur famille "s’élèvent à 10 milliards d’euros".

Des pistes pour doubler l’Apa
L’Apa a constitué "une formidable avancée" mais ce dispositif est désormais "inefficace et inadapté car il crée des inégalités", juge André Flageul, président de l'Union nationale de l'aide, des soins et des services aux domiciles (Una). Il estime donc urgent de la réformer.

Même sans améliorer immédiatement l’Apa, les projections de l’Assemblée des départements de France (ADF) montrent qu’il faudrait doubler le financement de cette allocation pour la maintenir au même niveau en 2025. Cela coûterait "environ 5 milliards d’euros par an", estime Etienne Caniard.

Pour les trouver, il évoque deux pistes de financement, en s’appuyant sur le sondage réalisé par LH2 pour la Mutualité Française. Ainsi, 51% des sondés sont favorables à une "contribution dépendance", prélevée sur les droits de succession. Par ailleurs, 41% approuvent l’alignement du taux de la contribution sociale généralisée (CSG) des pensions des retraités sur les revenus des actifs. "En 2003, le revenu moyen des retraités était plus élevé que celui des salariés", rappelle-t-il. "Ces deux seules mesures permettraient de répondre aux besoins."

Un socle public "massif"
De son côté, André Flageul appelle à dédramatiser les chiffres : "Si 20% des plus de 80 ans sont en situation de dépendance, cela signifie que les autres 80% vont bien ! On vit de plus en plus longtemps en bonne santé. Je constate la même dramatisation sur les questions de financement."

"Depuis la création de la sécurité sociale, en 1945, la situation économique et sociale de la France a évolué plus rapidement que les politiques", souligne Thierry Beaudet, président de la Mutuelle générale de l’Education nationale (MGEN).

Il faut donc repenser l’ensemble de ce système : "Sa correction est à notre portée", estime André Flageul. Toutefois, "c’est maintenant qu’il faut identifier les freins à la prise en charge de la dépendance et y trouver des solutions pérennes." Sans paupériser encore les jeunes actifs, "à qui l’on demande toujours davantage d’argent alors qu’aujourd’hui, les pauvres, ce sont eux", lance un participant.

"Il faut des solutions solidaires et intergénérationnelles" pour un financement plus juste, répond Etienne Caniard. Pour reprendre les termes de la ministre des Solidarités et de la Cohésion sociale, Roselyne Bachelot, elles doivent "reposer sur "un socle public massif", "complété si besoin par une articulation avec les mutuelles." En d’autres termes, les mutuelles souhaitent jouer un rôle complémentaire sur la dépendance, comme elles le font déjà pour les soins, mais avec une meilleure articulation avec les prestations publiques.

Des propositions en octobre
"Ce débat soulève de nombreuses questions de fond sur le fonctionnement de notre système social : c'est sa pérennité qui est en jeu", conclut Etienne Caniard. Et donc, sans aucun doute, à faire partie des principaux sujets sur lesquels les candidats à la prochaine présidentielle devront se positionner.

"Nous sommes prêts à prendre nos responsabilités pour jouer notre rôle", ajoute le président. C’est dans ce sens que la Mutualité Française publiera, en octobre, ses propositions en vue des échéances électorales de 2012. "Je suis optimiste, nous ne partons pas de rien !"

Alexandra Capuano