Démographie médicale : inciter plutôt que contraindre

Dans un entretien publié dans Le Monde daté de samedi (page 11), la ministre de la Santé estime qu’il est "nécessaire de garder la liberté d’installation" des médecins. "Il faut inciter", et non contraindre, pour permettre "une meilleure répartition de l’offre de soins sur le territoire (...)", affirme Roselyne Bachelot. Elle propose notamment la mise en place de "contrats territoriaux d’installation, signés entre chaque professionnel, l’assurance maladie et les collectivités territoriales". Lors de la séance plénière des Etats généraux de l’organisation des soins (Egos), vendredi 8 février, la ministre n’a pas évoqué d’autres types de mesures comme le salariat pendant trois ans dans des maisons de santé pluridisciplinaires ou une "garantie de ressources" accordée à un généraliste s’installant dans une zone sous-médicalisée, souligne le quotidien Les Echos (page 4).

Toujours dans Le Monde, Roselyne Bachelot indique que le gouvernement va "aider financièrement, dès 2008, à la création de 100 maisons de santé pluridisciplinaires à hauteur de 50.000 euros maximum par projet présenté". "L’exercice de la médecine en solitaire, c’est fini. La soif des nouveaux médecins, c’est au contraire d’exercer en groupe, avec d’autres professionnels de santé, comme les infirmières, les kinésithérapeutes, les orthophonistes", affirme-t-elle. Enfin, la ministre aborde la création des agences régionales de santé (ARS), qui "devront organiser la santé sur un territoire, dans une perspective de plus grande efficience des soins". Les ARS seront aussi chargées de mettre en place des politiques de santé publique adaptées à chaque territoire.

Les syndicats de médecins ont réagi positivement aux mesures annoncées par Roselyne Bachelot, notamment sur l’absence de contraintes à l’installation dans les zones sous-dotées. "Aujourd’hui, il n’y a plus que les mesures incitatives qui sont sur la table, on ne peut que s’en féliciter", a notamment déclaré Michel Chassang, président de la CSMF (Les Echos, page 4). De son côté, Martial Olivier-Koehret, président de MG-France, salue "la volonté de réorienter le système de soins vers la médecine générale de premiers recours". Les conclusions générales de ces Etats généraux de l’organisation des soins seront présentées début avril. Elles serviront de base à la loi "santé" annoncée pour septembre, rappelle Le Figaro-économie, daté de samedi (page 21).

Dépendance : les "trois piliers" de la Mutualité
Dans son supplément "Argent" (pages 4 et 5), Le Monde daté de dimanche-lundi consacre un dossier au financement de la perte d’autonomie. Comme le rappelle ce quotidien, le gouvernement envisage la création d’une 5e branche de la protection sociale et devrait déposer un projet de loi sur ce sujet "au deuxième trimestre". Quel sera le périmètre de ce risque ? "Les mutuelles souhaitent intégrer dans la dépendance les handicapés, alors que les assureurs privés veulent se cantonner au grand âge", écrit le journaliste Dominique Gallois. En matière de financement, la Mutualité française propose "trois piliers", comme l’explique son directeur général, Daniel Lenoir. "Une large couverture de base garantie par la solidarité nationale, la généralisation d’assurances complémentaires, à l’image de ce qui existe dans la santé et, enfin, pour ceux qui le souhaitent, le recours à des assurances supplémentaires." De son côté, le président de la Fédération française des sociétés d’assurances, Gérard de La Martinière, suggère, entre autres, de "concentrer" l’allocation personnalisée d’autonomie (Apa) sur les personnes à faibles revenus et de réserver le système des assurances pour les autres assurés.

Loi handicap : la déception
Trois ans après le vote de la loi du 11 février 2005 sur le handicap, la vie quotidienne des personnes handicapées n’a guère changé. C’est ce que montre un sondage BVA réalisé pour l’Association française contre les myopathies, dont les principaux résultats sont publiés dans Le Parisien/Aujourd’hui (page 10). Ainsi, 59% des personnes interrogées estiment que la création des maisons départementales pour les personnes handicapées n’a rien changé pour les demandes de renseignements et les dossiers de prise en charge. Dans certains départements, l’accès au financement pour le logement, une aide à domicile, un fauteuil roulant ou un simple aménagement intérieur, n’a pas non plus gagné en rapidité. "L’inégalité territoriale est un sujet sur lequel nous travaillons en vue de la première conférence nationale du handicap, qui se tiendra avant l’été", indique Valérie Létard, secrétaire d’Etat à la Solidarité. Mécontentes et déçues, une quarantaine d’associations appellent à manifester le 29 mars devant le palais de l’Elysée.

John Sutton