Déficits publics : vers une augmentation des prélèvements obligatoires ?

"La hausse des impôts, inévitable en France", titre la "une" du Monde, dont l'enquête nous explique "pourquoi Nicolas Sarkozy va s'y résoudre". Le gouvernement pourrait se voir contraint d'utiliser le levier de la fiscalité pour réduire le déficit public, tout en donnant l'impression qu'il n'enfreint pas sa promesse de ne pas augmenter les impôts. Telle est l'équation impossible, résume le quotidien du soir (pages 12 et 13).

Les pouvoirs publics ont déjà annoncé leur souhait de s'attaquer à certaines niches fiscales et sociales pour récupérer plusieurs milliards d'euros. Ils ont aussi indiqué que pour équilibrer les comptes des retraites, "un effort financier supplémentaire" sera exigé des hauts revenus et de ceux du capital, ce qui aurait pour conséquence d'écorner, au moins symboliquement, le bouclier fiscal.

Concernant le déficit de la Sécurité so­ciale, Laetitia Clavreul, du Monde (page 13), constate que la question de l'augmentation des prélèvements obligatoires est vivement débattue. Vu l'ampleur du déficit de l'assurance maladie (près de 15 milliards d'euros en 2010), le "trou" ne saurait être comblé dans les prochaines années uniquement par une meilleure croissance économique conjuguée à la maîtrise des dépenses de santé. Quant au déficit global de la Sécurité sociale, toutes branches confondues, il pourrait atteindre 27 milliards d'euros, selon les estimations de la Commission des comptes, révélées hier par Les Echos (page 5).

L'idée d'une hausse de la CSG semble faire son chemin. Le PS, qui appelle de ses vœux une "révolution fiscale", y est favorable, comme certains membres de la majorité. Sans hausse des prélèvements obligatoires, la prise en charge par l'assurance maladie risque de se concentrer sur les affections de longue durée (ALD) et de délaisser les soins courants, en renvoyant davantage leur remboursement vers les complémentaires santé, souligne Le Monde. Une ten­dance encouragée par certains, comme l'Institut Montaigne, qui veut accentuer le distinguo entre "ce qui relève de la solidarité nationale et ce qui relève d'une logique plus assurantielle". Le Monde voit s'esquisser un clivage générationnel entre les Français : dans un sondage récent réalisé pour le Ciss, 42% des actifs de 25 à 34 ans se déclaraient favorables à une prise en charge individuelle, contre 28% des seniors de 50 à 64 ans.

Trop d'allers-retours entre maison de retraite et hôpital
Les personnes âgées subissent trop souvent des allers-retours entre les établissements d'hébergement et les hôpitaux, ce qui contribue à les fragiliser davantage, constate une enquête réalisée par l'institut Kantar Health pour le gérontopôle de Toulouse, souligne Le Monde (page 9). Sur une période de trois mois, près d'un résident sur cinq passe par l'hôpital. Trois indicateurs (chute, immobilisation en lit ou en fauteuil et perte de poids) augmentent de façon très nette après une hospitalisation, poursuit l'étude, soulignant un cercle vicieux : plus le patient est fragilisé, plus il risque de retourner à l'hô­pital et ainsi de suite. Les passages à l'hôpital aboutissent aussi à une surconsommation de psychotropes. En avril, le Haut Conseil pour l'avenir de l'assurance maladie (HCAAM) avait déjà soulevé le défaut de coordination d'un système de soins "performant dans le traitement de pathologies isolées" et "très vite désemparé lorsqu'il s'agit de sujets polypathologiques et fragiles".
John Sutton