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Déficience visuelle : reprendre goût à la vue

Rééducation, pratique d’un sport, apprentissage des déplacements : Rita, Michel et Philippe, déficients visuels, retrouvent leur autonomie grâce au service d’accompagnement médico-social pour adultes handicapés. Ce dispositif est géré par la Mutualité Française Provence-Alpes-Côte d’Azur.

"Je ne pensais pas que papa voyait si mal." Cayde, 10 ans, vient de tester des lunettes de simulation qui lui permettent de comprendre ce que voit son père : un environnement perçu comme à travers le tube d’un stylo. Philippe, 47 ans, est atteint d’une maladie de la vue qui s’est déclarée il y a deux ans : une rétinite pigmentaire.

Le 24 mars, il reçoit chez lui, à Châteauneuf-de-Grasse (Alpes-Maritimes), deux professionnels du service d’accompagnement médico-social pour adultes handicapés déficients visuels (Samsah). Ce dispositif est géré par la Mutualité Française Provence-Alpes-Côte d’Azur à Nice et au Cannet. "Notre objectif est que les usagers deviennent autonomes et n’aient plus besoin de nous", indique Nora Mallem, directrice du Samsah.

"Quand je suis à la maison, mon attention se relâche"
Danielle, l’orthoptiste, est venue avec Jacques, opticien mutualiste spécialisé en basse vision, afin de sensibiliser les trois fils de 12, 10 et 5 ans. "C’est important qu’ils prennent conscience des difficultés de Philippe afin d’éviter les accidents domestiques", explique-t-elle. Un ballon ou un cartable laissé dans un passage sont autant de dangers semés sur le passage de leur père. "Quand je suis à la maison, mon attention se relâche. C’est à ce moment que les accidents arrivent", explique ce directeur de société, à la recherche d’un emploi.

Grâce à l’accompagnement du Samsah, Philippe reprend goût à la vie : Danielle lui a même proposé de prendre des cours de tennis pour mettre en application le travail de suivi oculaire effectué en séance d’orthoptie. "Je ne dois pas du tout cligner des yeux, sinon, je perds la balle de vue…", explique Philippe. Le tennis aide à lutter contre la raideur corporelle, liée à la peur des accidents. Sur le court sans obstacle, il se déplace en toute sécurité et sans canne blanche.

Son professeur de tennis, Olivier, spécialisé en handisport, s’adapte à la difficulté de son élève, verbalise beaucoup, donne des points de repère corporels et sur le terrain. La séance débute avec des balles en mousse, dont le rebond est lent. Elle se poursuit avec l’utilisation de balles plus dures et plus rapides. "En seulement trois séances, Philippe en a plus appris sur les positions de base qu’un élève bien voyant, qui est moins concentré", constate fièrement Olivier.

Il faut réapprendre tous les gestes de la vie
Mal voir suppose de mobiliser constamment son attention, sa mémoire et ses sens. Ainsi, Rita apprend à reconnaître les pièces de monnaie au toucher. Son ergothérapeute, Karine, place une pièce dans les mains de Rita et l’interroge sur sa valeur. "Elle est légère, elle a une strie sur la tranche : c’est 2 centimes !", lance cette jeune retraitée. "Le Samsah, c’est ma deuxième famille. Ils m’ont tout appris !", témoigne-t-elle.

La déficience visuelle contraint à réapprendre tous les gestes de la vie. "Il faut faire travailler le cerveau", assure Rita. "Karine est venue chez moi, elle a placé des repères sur mes baies vitrées, sur les boutons de mon four. Elle m’a appris à allumer le gaz sans me brûler et même à coudre avec une aiguille spéciale…" Elle a également placé sur les produits de la vie courante des étiquettes en braille que Rita apprend à déchiffrer. Une instructrice en locomotion lui a aussi enseigné l’usage de la canne blanche.

Michel, lui, se rend au Samsah pour une séance d’orthoptie. Cette technique de rééducation vise à optimiser le "reste visuel". Cet ancien comptable recommence à se déplacer entre son domicile et l’établissement médico-social avec Alice, la psychomotricienne, qui lui enseigne les bons réflexes. "Il faut apprendre à écouter les voitures", souligne-t-il.

Michel sait aller seul de son domicile au tramway
Désormais, il va seul de son domicile à la station de tramway. Il sait à quelle station il doit descendre en repérant un virage accentué. Alice l’attend et l’accompagne pendant la dernière partie du trajet, particulièrement semé d’embûches.

Danielle l’accueille pour sa séance. Elle lui a présenté différentes aides visuelles afin de déterminer celle qui était la mieux adaptée : un téléagrandisseur. Cet appareil est constitué d’une caméra fixe dirigée vers un plateau au-dessus duquel est placé un écran. L’image captée par la caméra est grossie et s’affiche sur l’écran : "Je peux lire mon courrier ou les programmes télé, relire ce que j’écris… et même poser un pansement sur une coupure au doigt. Cet appareil, c’est ma vie !"

Milène Leroy