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Décès in utero : l’heure des questions

"La réalité, une fois de plus, pourrait être assez différente de ce qui a été évoqué jusqu'à présent", prévient Le Figaro au sujet du décès in utero d'un bébé dans la nuit de jeudi à vendredi.

Contrairement à ce qui a été dit, écrit le journal (page 9), "la jeune femme suivie à la maternité de Port-Royal ne rentrait pas, semble-t-il, dans le cadre d'une grossesse à risque". Le déclenchement de son accouchement, prévu le jeudi 31 janvier au matin, n'était en effet programmé que "pour convenance personnelle, et non pas en raison d'un risque précis".

Ensuite, poursuit Le Figaro, l'examen réalisé le jeudi après-midi sur l'enfant n'a révélé aucune anomalie : le rythme cardiaque du fœtus paraissait normal, et si la patiente avait le sentiment que son bébé bougeait peu, c'est en raison de l'exiguïté habituelle de l'espace en fin de grossesse. L'examen de l'enfant n'a d'ailleurs rien révélé, ni malformations, ni problèmes de cordon ou d'infections franches.

Dans un communiqué, l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a fait savoir qu'aucun dysfonctionnement n'était survenu dans l'établissement, même si "les parents imputent le drame à la saturation de la maternité de Cochin-Port-Royal", écrivent Les Echos (page 4). Les résultats de l'enquête médicale et administrative exceptionnelle qui a été lancée seront connus au mois de mars, mais, "en attendant, les causes de ce décès ne sont pas claires", commente Le Figaro.

Quand bien même, poursuivent Les Echos, "le débat est d'ores et déjà lancé sur le niveau de sécurité des maternités". Comme toutes celles qui sont classées en niveau 3, la maternité de Port-Royal dispose d'"un service de réanimation permettant la prise en charge des grands prématurés (6e ou 7e mois) et des grossesses à haut risque pour les mères". Le problème, indique le quotidien économique, c'est que "de par leur réputation, ces maternités haut de gamme situées dans les grandes villes attirent de plus en plus de patientes", au détriment des structures plus petites.

L'engorgement étant pour le moment écarté par la direction de la maternité, au même titre que l'incompétence de son personnel, une autre question se pose donc, selon Libération (pages 12 et 13) : "Y a-t-il donc un problème de périnatalité en France ?" Selon le quotidien, la mortalité infantile dans notre pays "stagne", mais n'est pas si rare. Depuis 2005, on compte en effet 3,8 décès pour 1.000 naissances vivantes.

Dans un rapport de 2012, la Cour des Comptes dénonçait en la matière des "causes insuffisamment analysées" et demandait d'"aller plus loin que les arguments habituellement invoqués : augmentation de l'âge des mères, hausse des grossesses multiples, précarité…" Les trois enquêtes qui ont été lancées après le décès de Port-Royal devraient permettre de creuser toutes les pistes..

Précaire et diabétique : un lien confirmé
On en sait désormais davantage sur la corrélation qui existe entre la précarité et le diabète de type 2. Dans une enquête menée sur 1.648 personnes par l'Aca­démie de médecine et la Mutualité Française en Languedoc-Roussillon, l'impact semble désormais évident.

Avant l'âge de 65 ans, rapporte ainsi Le Figaro (page 12), "on observe plus de cas de diabète chez les personnes précaires (6,9%) que dans les populations peu ou pas du tout précaires (4,4%)". D'après le président de la Mutualité Française, "cette situation est une des conséquences des difficultés rencontrées par les jeunes pour s'insérer dans la société et démontre qu'il ne faut plus confondre précarité et marginalité mais que le phénomène est plus profond et plus étendu".

L'étude démontre en effet que les personnes les plus précaires sont souvent jeunes, de sexe masculin et plutôt instruites, puisque 26% d'entre elles sont passées par le collège et 15% par l'université. Beaucoup d'entre elles sont également fumeuses, avec un tour de taille et un indice de masse corporelle (IMC) plus importants que la moyenne.

Ces personnes précaires mais avec un niveau d'études supérieur à la moyenne sont "en demande de prise en charge, notamment d'éducation thérapeutique", indique Etienne Caniard : la moitié d'entre elles semblent en effet intéressées par des séances d'éducation sur le diabète. Par ce moyen, elles pourraient notamment faire évoluer leurs habitudes alimentaires car, selon l'étude, elles "consomment moins de légumes verts, de fruits frais, de viande, de volaille, de poisson, de laitages" que les autres, mais "plus de pâtes, de riz, de soda sucré, de thé ou café et de bière".

"Une telle étude conforte la nécessité des partenariats et d'une vision plus large de la santé", note Le Figaro rapportant les propos d'Etienne Caniard. Pour le président de la Mutualité Française, il est en effet nécessaire de "sortir d'une vision étriquée du social, du médico-social et du sanitaire", notamment en abandonnant "nos pratiques cloisonnées ou corporatistes".

Médicament : mieux réguler le marché
Interrogé hier sur France info dans le cadre du 12-14 consacré au médicament, Etienne Caniard a déploré que les prescriptions des médecins se portent souvent sur les médicaments les plus chers du marché. "Pourquoi ? Parce que ce sont évidemment les plus rentables pour l'industrie et que les efforts commerciaux des visiteurs médicaux auprès des prescripteurs portent sur ces produits. Cela pose à la fois des problèmes d'efficience de la dépense publique et d'indépendance des prescripteurs vis-à-vis de l'industrie pharmaceutique."

Pour le président de la Mutualité Française, dans un contexte de forte concurrence, "le problème, ce n'est pas demander aux industriels d'être vertueux (…). C'est que le régulateur public, l'Etat, prenne ses responsabilités pour mettre en place des mécanismes qui ne permettent pas aux industriels de détourner le système à leur profit". C'est à cette condition que seront garanties à la fois "la santé publique, l'efficience des médicaments, l'utilisation des deniers publics et aussi la pertinence des prescriptions". Dans le contexte actuel d'inquiétude autour de certains médicaments, cette évolution est également indispensable pour éviter "des situations dans lesquelles une prescription abusive fait courir des risques inutiles à la population".

Frédéric Lavignette et Sabine Dreyfus