Débat Hollande-Sarkozy : et la santé ?

Chômage, dette, impôts, immigration : le débat télévisé qui a opposé hier soir les deux candidats à la présidentielle a fait ce matin la Une de la presse nationale. François Hollande et Nicolas Sarkozy se sont affrontés dans un échange sans concession. Mais la santé et la protection sociale ont été les grandes absentes de la rixe entre les deux finalistes.

Le débat tendu et sans concession, qui a opposé hier soir les deux finalistes de la présidentielle, monopolise ce matin les grands titres de la presse nationale. "Impôts, emploi, croissance : l’ultime affrontement", titrent Les Echos, qui replacent le débat dans un contexte où "les grands indicateurs économiques deviennent tous inquiétants". Le Figaro résume le climat tendu de la confrontation dans un titre en deux mots : "Haute tension". De son côté, Le Pari­sien/Au­jourd’hui a assisté à "Un rude débat", mais qui "a tenu toutes ses promesses". "Hollande préside le débat", selon Libération, qui a vu "un Nicolas Sarkozy sur la défensive".

Parmi les sujets de fonds abordés par les deux candidats, le chômage, la dette, les impôts et l’immigration ont fait l’objet d’échanges parfois musclés, mais sans annonces nouvelles. Les deux candidats se sont livrés à une vive passe d’armes sur les chiffres du chômage, souligne Le Pari­sien/Au­jourd’hui (page 2). "Il y a eu un million de chômeurs en plus depuis cinq ans, soit quatre millions de chômeurs inscrits… C’est beaucoup, c’est énorme, c’est un record, c’est un échec !", a lancé François Hollande. "Vos chiffres sont faux", a répliqué le candidat-président La hausse n’a été que de "422.000 demandeurs d’emploi entre 2007 et 2011, soit + 18,7%".

Une bataille de chiffres qui s’est prolongée tout au long de la soirée. François Hollande, après avoir dénoncé les 900 milliards de dettes supplémentaires accumulées depuis 2002, a mis en avant sa volonté de rétablir la confiance et an­noncé son objectif de revenir à l’équilibre en 2017, grâce à "40 milliards de hausse d’impôts et 50 milliards de baisses des dépenses", rapportent Les Echos (page 3). Cette augmentation d’impôts porterait "uniquement sur les plus hauts revenus et les plus grandes fortunes", selon le candidat socialiste, qui propose de rétablir l’ISF.

"En matière d’impôts, les frontières idéologiques sont nettes", souligne Le Figaro (page 3). Nicolas Sarkozy a dé­fendu sa TVA sociale, au nom de la compétitivité. Son adversaire l’a combattue au nom du pouvoir d’achat. François Hollande estime qu’elle priverait chaque couple de 300 euros par an.

Après l’attaque de son adversaire contre le "bouclier fiscal", Nicolas Sarkozy a rétorqué : "Il y a une différence entre nous (…), vous voulez moins de riches, moi je veux moins de pauvres." Réplique de Hollande : "Il y a à la fois plus de pauvres et plus de riches plus riches !"

Le candidat socialiste s’est montré très offensif sur l’emploi, en mettant en avant sa proposition de "contrat génération" pour les jeunes, notent Les Echos. Pour améliorer le pouvoir d’achat des mé­nages, il propose d’indexer le Smic sur la croissance, d’augmenter l’allocation scolaire de rentrée, de moduler les tarifs de gaz et d’électricité selon la consommation, et de rétablir la TIPP flottante sur les carburants. Nicolas Sarkozy a souligné le coût exorbitant de cette dernière mesure pour les finances de l’Etat : 1 milliard d’euros pour une baisse de 2 centimes par litre, note Le Figaro.

Sur l’Europe, François Hollande a rappelé son souhait de renégocier le nouveau traité européen, pour plus de croissance, et a reproché à son rival de n’avoir rien obtenu de l’Allemagne dans la gestion de la crise. "Je ne peux mettre cela que sur l’incompétence, pas sur la mauvaise foi", s’est défendu le candidat-président, qui l’a accusé de découvrir "le fil à couper le beurre", en proposant la taxation des transactions financières, déjà votée par le Parlement.

Deux grands sujets ont brillé hier soir par leur absence : la protection sociale et la santé. Un silence déploré ce matin par un auditeur de France Inter. Invité de la matinale, le candidat du PS a regretté que n’aient pas été abordées les questions de l’hôpital, des déserts médicaux et des dépassements d’honoraires. Interrogé sur la taxe sur les mutuelles, François Hollande a rappelé sa position : "Nous annulerions une partie de cette taxe, a-t-il promis, à la condition que ce soit entièrement répercuté sur les adhérents des mutuelles. Nous aurons donc une contractualisation avec ces organismes pour que la baisse de la taxe puisse être reversée aux assurés sociaux."

Cancer : un reste à charge en hausse
Les modalités de prise en charge des cancers à évolué, comme le montre une étude présentée hier par la Ligue contre le cancer. Ainsi, relève Libération (page 17), "la concentration des lieux de soins, la multiplication des prises en charge multisites ainsi que le développement des prises en charge en ambulatoire ont induit une complexification des parcours en cancérologie". A titre d’exemple, note le quotidien, "91% des chimiothérapies et 98% des radiothérapies se font en mode ambulatoire".

Une autre étude traduit la montée de la précarisation chez les malades. "La maladie appauvrit. Les revenus diminuent et certaines dépenses augmentent. C’est une réalité méconnue du cancer", résume, dans Le Parisien/Aujourd’hui (page 11), Anne Raucaz, responsable des projets Action société à la Ligue. La première difficulté, précise le quotidien, est la diminution du salaire, car les indemnités journalières ne correspondent qu’à 50% du revenu. "47% des personnes en arrêt de travail sont indemnisées sans maintien de l’intégralité de leur salaire", constate la Ligue. Quant aux dépenses, elles sont en progression car les frais annexes (hors traitement) "sont moins bien remboursés". Par exemple, "certaines pompes utilisées pour calmer les douleurs après une radiothérapie" sont à la charge des malades.
John Sutton et Jean-Michel Molins