D’autres médecins mobilisés pour une autre politique du médicament

On pourrait "sans dommage" diviser par quatre le nombre des médicaments consommés par les Français, passant de 4.000 à 1.000 médicaments, estiment des professeurs de médecine parisiens, qui ont appelé hier, dans Le Journal du dimanche (page 16), les pouvoirs publics à réformer la politique du médicament et à publier un répertoire officiel.

"Les Français consomment trop de médicaments inutiles et exagérément coûteux. La responsabilité est partagée entre les industriels, l'Etat et les prescripteurs", jugent les cinq signataires de l'appel, parmi lesquels on trouve le Pr Jean-François Bergmann (interniste à l'hôpital Lariboisière) et le Pr André Grimaldi (diabétologue à la Pitié-Salpêtrière).

Ces spécialistes exhortent l'Etat à engager trois chantiers importants. Primo, publier rapidement un Livre blanc des médicaments pour aider les médecins à prescrire mieux et moins et éclairer le grand public. Secundo, revoir la politique du prix des médicaments. "C'est aujourd'hui une procédure opaque qui fait l'objet de négociations secrètes avec les laboratoires pharmaceutiques", dénoncent les signataires. Enfin, réformer la pharmacovigilance. "La solution la plus efficace pour repérer d'éventuels risques sur la santé est l'analyse informatique, exhaustive et continue, des ordonnances de ville couplées aux diagnostics des motifs d'hospitalisation et aux certificats de décès", proposent-ils.

L'appel "pour une autre politique du médicament" est-il une initiative concurrente ou complémentaire du Guide des 4 000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux, publié il y a deux semaines ? "Notre point de départ, c'est le succès du pamphlet écrit par Philippe Even et Robert Debré, reconnaît Jean-François Bergmann dans en entretien au JDD. Bien qu'excessif et approximatif, il s'appuie sur un constat juste : les médecins prescrivent trop de médicaments, les Français en consomment trop." "Mais ce livre truffé, d'erreurs, ne peut pas être considéré comme un guide d'information objectif. Si ses recommandations étaient appliquées, ce seraient des milliers de morts chaque année !", dénonce-t-il.

Face à toutes ces critiques du milieu médical, Catherine Lemorton (PS), présidente de la commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale, répond que le médicament sera mis à contribution dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2013 et que "la réforme de la politique du médicament se poursuit de manière calme et méthodique". "Une base de données sur le médicament sera accessible sur internet fin 2013", annonce-t-elle.

Contenants alimentaires à risque
Les sénateurs examineront demain un projet de loi visant à interdire le bisphénol A dans les boîtes de conserve ou les canettes de boissons, rapporte Le Parisien/Aujourd'hui (page 11). Fin septembre, l'agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a demandé "au niveau européen" un classement plus sévère de ce composant chimique, qui ne serait plus toxique "suspecté" pour la reproduction, mais "toxique pour la reproduction".

Le gouvernement souhaite que la fabrication, l'importation et l'exportation de contenants alimentaires à base de bisphénol A (BPA) destinés aux enfants en bas âge soient suspendues dès 2013. Il encourage les industriels à mettre sur le marché des produits de substitution. Une demande jugée "incompatible avec la réalité industrielle" par les entreprises.

"A force de traîner les pieds et de faire de la résistance, les industriels français vont prendre du retard sur les entreprises étrangères, notamment américaines, qui proposent déjà des produits garantis sans BPA", estime le député socialiste Gérard Bapt dans Le Parisien (page 11).

Par ailleurs, jeudi les sénateurs d'Europe Ecologie les Verts (EELV) vont déposer une proposition de loi "sur les expertises indépendantes sur tous les sujets majeurs de santé publique et pour défendre les lanceurs d'alerte".
John Sutton