Convention médicale : le torchon brûle entre syndicats de médecins

Le ministre de la Santé a été clair : la liberté d'installation des médecins libéraux ne sera pas remise en cause. Hier, devant l'Association des journalistes de l'information sociale (Ajis), Xavier Bertrand a en effet estimé qu'il était préférable de convaincre que de contraindre.

Pour cela, rapporte Libération (page V), le ministre entend "privilégier l'incitatif" afin d'encourager les professionnels de santé à s'installer dans les zones sous-dotées en praticiens. Selon lui, "ceux qui sont pour la coercition infantilisent les médecins et les internes".

La démographie médicale est également au programme des négociations entre les syndicats de médecins et l'assurance maladie, rappellent Les Echos (page 5). Entamées en avril, elles ont été interrompues la semaine dernière, la CSMF et le SML ayant claqué la porte.

Selon le quotidien économique, les deux syndicats entendaient ainsi "protester contre la présence de représentants des étudiants en médecine dans les délégations des autres formations". Aussi, il n'est pas sûr qu'ils assistent demain à une réunion au siège de l'assurance maladie.

Le fond du problème relève surtout d'un rapport de force entre MG-France (généralistes) et la CSMF. La première formation syndicale accuse la seconde "de vouloir négocier seule avec la Sécurité sociale". Pour le président de MG-France, Claude Leicher, certaines réunions doivent être "bilatérales" et non ouvertes à tous les syndicats.
Ce n'est pas l'avis de la CSMF. Pour son président, "la CSMF et le SML représentent près de 60% des médecins libéraux. Sans nous, poursuit Michel Chassang, il ne peut y avoir de nouvelle convention".

Malgré ce contexte de "dramaturgie", selon le terme utilisé par Xavier Bertrand, les négociations auront bel et bien lieu, affirme le ministre de la Santé. Tout en se prononçant pour un zonage "plus cohérent" et "plus pragmatique", il préconise une rémunération supplémentaire pour les praticiens qui acceptent d'exercer dans ces déserts médicaux "soit par une majoration du paiement à l'acte, soit par un nouveau mode de rémunération". Quant aux médecins seniors, indiquent Les Echos, Xavier Bertrand les invite à prolonger un peu plus leur activité pour limiter les pénuries.

Mésententes autour de l'Actos®
Pourquoi, alors que l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) en avait suspendu la commercialisation le 29 mars dernier, l'Actos® et le Competact® ont-ils été maintenus à la vente ?

Selon Le Figaro (page 13), la commission de la pharmacovigilance de l'Afssaps avait estimé que le cancer de la vessie n'était pas le seul risque attribuable à la pioglitazone, une molécule destinée aux diabétiques en surcharge pondérale. Entre autres dangers, l'Actos® et le Competact® pouvaient être également responsables de prise de poids, d'insuffisance cardiaques, d'oedèmes, de fractures...

La commission d'autorisation de mise sur le marché (AMM) passera outre ces alertes, préférant attendre la décision de l'Agence européenne du médicament qui doit intervenir d'ici cet été. "La commission d'AMM met également en avant une étude en cours à la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam) dont l'Afssaps attend le résultat d'ici à quelques semaines", ajoute Le Figaro.

Cette situation met en évidence les "rivalités" complexes entre les commissions et les conflits d'intérêts liés à la commercialisation d'un médicament, malgré les risques encourus par les patients. Une étude publiée le 22 avril dans la revue américaine Diabets Care, confirme en effet les risques de cancer de la vessie chez les personnes traitées par pioglitazone.
Frédéric Lavignette