Conférence nationale du handicap : les associations déçues

"Pour accompagner les progrès de l'accessibilité, j'ai demandé un effort exceptionnel du fonds pour l'insertion, des personnes handicapées dans la Fonction publique", a indiqué hier le président de la République en clôturant la Conférence nationale du handicap, à Paris. Il a ainsi annoncé un plan pluriannuel de 150 millions d'euros sur trois ans pour "mettre en accessibilité les lieux de travail", notamment dans les petites communes, rapporte Le Figaro (page 10). L'Etat va s'engager à "moderniser le secteur du travail adapté et protégé". "Je confie à Xavier Bertrand la mission de développer, dès l'an prochain, mille postes supplémentaires par an dans les entreprises adaptées, dont bénéficient aujourd'hui plus de 33.000 personnes handicapées", a déclaré Nicolas Sarkozy.

En matière de scolarisation, le chef de l'Etat a rappelé qu'"aujourd'hui, plus de 200.000 enfants handicapés sont inscrits à l'école de la République, soit 50.000 de plus qu'en 2005", note La Croix (page 7). Il a fait part de son souhait de faire porter l'effort sur la qualité de l'accompagnement de ces élèves, en recrutant, dès la rentrée 2011, des auxiliaires de vie "plus nombreux, mieux formés, mieux payés et disposant de véritables perspectives de carrière".

Malgré ces annonces, les associations restent sur leur faim. Patrice Tripoteau de l'Association des paralysés de France (APF) dénonce dans L'Humanité (page 8) "le discours ambigu" du gouvernement. "Il prône l'emploi d'un côté, mais les dispositifs ne suivent pas. Et il y a de plus en plus de pression financière sur ces dispositifs. L'esprit de la loi de 2005 est battu en brèche", conclut-il. De son côté, la Fnath (accidentés de la vie) déplore "un nombre très limité d'annonces concrètes" et l'absence d'un "souffle nouveau". Plus sévère encore, l'Apajh (jeunes handicapés) estime que la Conférence nationale du handicap a été "détournée au profit d'objectifs électoraux". Interrogé par un journaliste de France Inter immédiatement après le discours du président de la République, son président, Jean-Louis Garcia, enfonce le clou : "Ce discours intervient au moment où on supprime des postes d'auxiliaires de vie dans les écoles. C'est incohérent !", s'insurge-t-il. "Nous attendons des actes. Les paroles ne suffisent pas !", poursuit-il, assurant que "l'Apajh va continuer à être un aiguillon pour que les promesses deviennent réalité".

Le spleen des médecins
"Inquiets, déboussolés. Et pour tout dire, complètement perdus. Voilà l'état d'esprit des médecins aujourd'hui", constate L'Express n° 3127 (pages 78 à 91), qui titre en couverture : "Médecins : pourquoi ils craquent." Pour l'hebdomadaire, il est fini le temps béni "de l'exercice solitaire du praticien dans son cabinet, […] du médecin “sachant devant son patient ignorant“. Celui aussi du dévouement sans faille d'une profession ne comptant pas ses heures". Et du côté des patients, la situation empire également : médicaments déremboursés, forfaits en hausse, renoncement aux soins.

"Quelle est la valeur ajoutée d'un médecin, quand bon nombre de ses actes peuvent être désormais effectués par des techniciens ?", interroge le Pr Guy Vallancien, chirurgien à l'Institut mutualiste Montsouris (IMM), à Paris (L'Express page 80). Conscient du désarroi des médecins, le gouvernement multiplie les gestes à leur égard : hausse du tarif de la consultation des généralistes, recul sur la question sensible des déserts médicaux... "Cette question, le PS en a clairement fait un enjeu de la campagne de 2012. Il envisage même des obligations de présence dans les zones déficitaires", souligne L'Express, qui ajoute : "Une éventualité inacceptable aux yeux de la majorité actuelle, pour laquelle “en période de pénurie de médecins, on ne peut pas faire une réforme de la santé contre les médecins“, comme l'explique Valérie Boyer, députée UMP."

"Et si on modifiait le mode de rémunération ?», lance l'hebdomadaire (page 83). Dans un système par "capitation", le médecin serait payé avec un forfait annuel établi par la Sécurité so­ciale et variable selon les pathologies, indépendamment du nombre de consultations effectuées dans l'année. Le praticien serait donc rémunéré pour que le patient reste en bonne santé.

"Et si on revalorisait la médecine du travail, propose aussi L'Express (page 84), qui estime que cette voie pourrait constituer un débouché pour les généralistes. D'autant que, "si rien n'est mis en place pour anticiper les départs à la retraite des médecins du travail, ce système unique au monde risque de disparaître", s'alarme l'hebdomadaire. Enfin, dans une brève interview (page 91), l'économiste de la santé Gérard de Pouvourville détaille le futur visage des professions médicales et prévoit que "la médecine ambulatoire va changer du tout au tout dans les cinq années à venir".
John Sutton