Comment généraliser le revenu de solidarité active ?

C’est aujourd’hui que Martin Hirsch rend public son Livre vert sur la généralisation du revenu de solidarité active (RSA). A la différence d’un Livre blanc, qui contient les propositions portées par les pouvoirs publics, un Livre vert vise essentiellement à lancer le débat, rappelle-t-on. Défendu par le haut-commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté, le RSA est actuellement expérimenté dans 18 départements, rappellent Les Echos (page 4). Sa généralisation vise à réduire de 15% le taux des travailleurs pauvres tout en incitant fortement à la reprise d’activité.

"Destiné à remplacer le RMI (447 euros pour une personne seule), l’API (parent isolé) et la prime pour l’emploi (PPE) mais pas l’allocation adulte handicapé (AAH), le RSA jouera le rôle de revenu minimum quand les ménages n’ont aucune ressource", explique le quotidien économique. Mais il permettra également "que toute heure travaillée se traduise par une amélioration des ressources". De la sorte, prévoit Martin Hirsch, 5 millions de personnes pourraient en bénéficier et près d’un million sortiraient de la pauvreté.

Selon les expérimentations réalisées en départements, un salarié dont le salaire ne dépasse pas 1,3 fois le Smic peut augmenter son pouvoir d’achat. Par exemple, selon le taux de cumul de 70% pratiqué dans le cadre des expérimentations, quand 1 euro supplémentaire est gagné par le travail, 70 centimes sont obtenus grâce à ce revenu. En moyenne, on estime que le gain mensuel obtenu grâce au RSA est de 130 euros. Dans la pratique, ce sont les caisses d’allocations familiales qui verseront le RSA aux bénéficiaires. Chaque mois ou chaque trimestre, il sera recalculé en fonction des revenus d’activité.

Au-delà du complément de revenu qu’il apporte, le haut-commissaire aux Solidarités actives voit dans le RSA d’autres avantages. En effet, comme le souligne dans un entretien l’ancien président d’Emmaüs, sa mise en place permettra "un recul du travail illégal, puisque employeurs et salariés auront un intérêt évident à ce que le travail soit déclaré. Ce qui générera des recettes supplémentaires".

Mais dans un contexte budgétaire "tendu", c’est bien sûr la question du financement qui risque de se poser rapidement. La généralisation du revenu de solidarité active devrait représenter un coût net global de 1,5 à 3,5 milliards d’euros. Pour Martin Hirsch, le RSA doit être d’abord vu comme "une politique de soutien de l’activité et du pouvoir d’achat des bas salaires", analyse le journaliste Etienne Lefebvre. Mais beaucoup d’interrogations restent en suspens : quel sera le taux de cumul entre les revenus de la solidarité et du travail ? Faut-il limiter dans le temps le bénéfice du RSA ? Comment éviter les effets d’aubaine du côté des entreprises ?

Le patronat dans la tourmente
Le scandale qui atteint l’Union de l’industrie et des métiers de la métallurgie (UIMM) risque de ne pas être sans conséquence sur les négociations sur l’assurance chômage qui doivent s’ouvrir après les municipales. En effet, rappelle Libération (page 11), Laurence Parisot a demandé samedi à tous les représentants de l’UIMM exerçant des mandats nationaux au nom du Medef de "remettre immédiatement leurs mandats à la disposition". La colère de la patronne du Medef a provoqué la démission du président de l’Unedic, Michel de Virville.

Nommé en janvier dernier, celui-ci avait amorcé une série de concertations avec les syndicats qui devait aboutir à une conclusion avant l’été, expliquent Les Echos (page 2). Aujourd’hui, cette négociation est "suspendue à la nomination d’un nouveau négociateur patronal qui prendrait par la même occasion la présidence de l’Unedic". La négociation sur la formation professionnelle risque d’être également remise en cause. Le président du Conseil national de la formation professionnelle, Dominique de Calan, "est dans le collimateur de Laurence Parisot", selon l’expression de Libération. Comme il est aussi président de l’Agirc, soulignent Les Echos, les discussions sur les retraites, "censées débuter à la fin du mois au ministère du Travail", n’en seront pas plus facilitées.

Frédéric Lavignette